DEUXIÈME LEÇON. 319
nière, telle qu’elle existe aujourd’hui, est l’œuvre de cesdeux hommes. Jusqu’à eux, elle avait été à peu près relé-guée dans l’Inde. Le coton, vous le savez, est une plantenative de l’Inde, et l’Inde l’a exclusivement gardé pen-dant des siècles. Au moyen âge, les Arabes musulmans letransmirent à l’Europe, à l’Espagne en particulier, qui semit à le cultiver. Alors aussi on commença à fabriqueren Europe des étoffes de coton, mais ce fut toujoursd’après les procédés primitifs en usage dans l’Inde, qui,je le répète , ont duré jusqu’à Arkwright et à Watt.
Comparons donc ces procédés sans rivaux jusqu’en1769, à ceux d’aujourd’hui, et cherchons quelle est,dans les uns et dans les autres, la puissance productivede l’homme.
Vous savez comment se fde à présentie coton. On a degrands chariots ou métiers qui portent un grand nom-bre de broches. Sur chacune de ces broches est une bo-bine autour de laquelle s’enroule le filé. On compte surchaque chariot 400 broches en moyenne (600 brochespour les filés fins, 250 broches pour les filés plus gros).Les métiers sont accouplés deux à deux, de façon queles mêmes ouvriers font, en se retournant successive-ment, le service de deux métiers. C’est calculer largementque de mettre 5 hommes pour deux métiers ou 800 bro-ches. Il en résulte qu’un homme suffit à 160 broches.Or, une bonne fileuse, de l’Inde ou d’Europe, fait toutjuste la moitié de la besogne d’une broche; par consé-quent, un ouvrier exécute aujourd’hui, dans la filaturedu coton, l’ouvrage qui exigeait, avant 1769, le travailde 320. En d’autres termes, depuis environ soixante-dixans, la puissance productive de l’homme, dans cette in-dustrie essentielle, est devenue trois cent vingt fois plusconsidérable (1).
(1) Depuis 1841, les métiers à filer, que les Anglais appellent self-acting