TROISIÈME LEÇON. 339
tifs qui ont étudié l’état de l’industrie en France et enAngleterre s’accordent à dire que la supériorité que lesouvriers anglais possèdent à cet égard provient en grandepartie de ce qu’ils mangent beaucoup de bœuf. Cettenourriture, chez eux, n’est pas seulement une habitude,la satisfaction d’un besoin ou d’un plaisir ; c’est presquedevenu un point d’honneur : les Anglais ont, en effet,des chants nationaux dans lesquels ils célèbrent lerosbif de leur chère patrie (Roastbeef of old England).
On a fait, en France même, diverses expériences quine laissent pas le moindre doute sur ce point. Dans lamaison de détention de Riom, ou l’on occupait desdétenus à polir des glaces, l’entrepreneur eut l’idée, ily a quelques années, de substituer à leur pitance accou-mée, qui était fort maigre, une nourriture où la viandeentrait dans une assez forte proportion. Il en résulta queles prisonniers firent beaucoup plus d’ouvrage qu’aupa-ravaut. Je citerai encore, à ce propos, un autre exemplequi fit dans le temps une certaine sensation : on a établi àCharenton, il y a une vingtaine d’années, une forge àl’anglaise; les directeurs (MM. Manby etWilsonï avaientfait venir des ouvriers d’Angleterre ; mais ils admirenten même temps dans leurs ateliers des Français, et ilsveillèrent à ce ce que les premiers fissent l’éducation deces nouveaux venus. Cependant les ouvriers anglais fabri-quaient toujours plus que les autres, et ils ne manquaientpas d’en tirer une sorte de vanité nationale. On pensaque la différence des quantités de fer produites pourraitbien provenir delà différence de nourriture, et on pritdes mesures pour que tous, Anglais et Français, se nour-rissent également de viande. Au bout de peu de tempsles ouvriers français avaient à peu près rattrapé lesanglais.
Il serait donc grave, Messieurs, que la production de