TROISIÈME LEÇON. 343
avait des régions entières où les paysans ne mangeaientjamais de viande de boucherie, et où chaque famille sebornait à tuer un porc ou deux qu’on salait et dont onmettait un atome chaque jour dans la soupe. Cet étatdes choses se modifie quelque peu chaque jour.
Quelque opinion qu’on ait sur la question de savoir sila consommation et par conséquent la production dela viande en France et généralement sur le continenteuropéen, est en croissance ou en diminution, il n’y apas deux opinions possibles sur une autre question quidomine celle-ci : La production de la viande est insuffi-sante pour les besoins, elle quadruplerait qu’elle seraitinsuffisante encore; car quadruplée, elle ne fourniraità la France d’autre ration que celle de Paris, où la con-sommation est loin de surpasser et même d’atteindre ceque prescrivent les règles de l’hygiène. La consommationmoyenne delà viande aux Etats-Unis paraît être presquele double de celle de Paris.
Il est urgent de rechercher et de détruire autant qu’ilsera possible les causes qui barrent ainsi la puissanceproductive de la France à l’égard du bétail. Ces causessont diverses, et il en est peu dans le nombre qu’il failleconsidérer comme inexpugnables.
Une des plus actives, sans contredit, est le morcelle-ment extrême qui s’est opéré dans la propriété, et surtoutdans la culture du sol. 11 est très-heureux, certes, qu’ungrand nombre d’hommes parviennent à être propriétai-res. C’est un gage de sécurité pour la société même. Maisla division de la propriété a amené la division de la cul-ture, et celle-ci, lorsqu’elle dépasse un certain point (1),
(1) Un excellent mémoire de M. Hippolyte Passy (Des systèmes de cul-ture et de leur influence sur l'économie sociale) a montré que la moyenneculture était tout aussi avantageuse, au point de vue de l’intérêt public,comme au point de vue de l’iniérêt privé, que la grande culture.
(Note de la présente édition.)