364 COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.
abstraction de toute considération accessoire et laissantà l’écart toute objection de détail, nous devons êtrepartisans déclarés des machines et les défendre contreleurs détracteurs.
Ce n’est pas à dire cependant que les machines réalise-ront l’idéal de la perfection sociale. 11 n’est pas douteuxqu’elles puissent donner lieu à des abus. Il s’est trouvé etil, se trouvera encore des gens enclins à faire servirexclusivement à leur fortune personnelle ces agents éner-giques de la production, disposés même à les convertiren instruments d’oppression et de misère pour les classesouvrières. Mais que prouve contre une chose l’abus qu’onen peut faire, et de quoi l’homme n’abuse-t-il pas ? Ausurplus, les effets d’une semblable cupidité ne sont pas àcraindre autant qu’on le suppose : ceux qui tenteraient des’yabandonner auraient à lutter contre le courant de plusen plus irrésistible de l’opinion et des mœurs, contre lapuissance de la loi., contre la force même des choses.
Les machines sont destinées à répandre au sein dessociétés l’aisance et la richesse ; elles en fournirontun jour les matériaux par l’abondance des produits detoute sorte qu’elles provoquent. Mais, il y a long-temps qu’on l’a dit, la richesse n’est pas le bonheur. S’ily a du désordre dans les esprits, si les cœurs sont enproie à des désirs déréglés , si les croyances sont mor-tes, si les mœurs sont corrompues, ce sont des plaiesque la richesse ne saurait guérir, des empêchements aubonheur qu’il ne lui est pas donné de faire disparaître.Le bonheur est dans l’harmonie des désirs et des jouis-sances, dans l’équilibre des besoins et des satisfactions ;il est enfin dans un certain état des âmes dont il n’ap-partient pas à l’économie politique de déterminer les con-ditions et qu’elle n’a pas mission de faire naître. C’estl’œuvre de la religion et de la philosophie.