CINQUIÈME LEÇON. 365
Les adversaires des machines n’ont pas fait cette dis-tinction. Voyant les cités manufacturières livrées à desmisères morales, trop réelles, il faut l’avouer, et frappésdes souffrances qu’engendre quelquefois la brusque appa-rition des machines, ils ont accusé celles-ci de tout lemal ; ils leur ont imputé les douleurs d’une situationqu’elles n’ont pas produite. En un mot, ils ont rai-sonné comme si les machines étaient responsables del’état moral des sociétés, comme si les partisans de lascience économique qui les recommande, mais qui nesignale en elles que des instruments de richesse, avaientjamais dit qu’elles suffisaient à faire la félicité du genrehumain.
Revenons à la discussion des objections que l’on élèvecontre les machines.
On dit qu’elles rendent irrégulier le travail, qu’ellesprovoquent des alternatives d’activité excessive et destagnation complète, qu’elles épuisent l’ouvrier defatigue, pour le condamner ensuite à la misère pendantun temps plus ou moins long.
Les faits les plus évidents démentent ces imputations,et s’il est au contraire quelque chose à quoi les machinessoient opposées par la vertu de leur propre nature, c’estcette situation même qu’on les accuse de provoquer.L’emploi des machines suppose généralement un établis-sement monté sur un grand pied, c’est-à-dire, de vastesateliers, et des approvisionnements considérables en ma-tières premières, de grands capitaux par conséquent em-ployés à ces deux objets, notamment aux appareils mé-caniques eux-mèmes. Que le travail vienne à être intèr-rompu dans de tels établissements, le chef d’industrie setrouve aussitôt et du même coup grevé improductive-ment de l’intérêt de tout le capital engagé, sans parler desautres frais généraux. Pour éviter une aussi forte perte,