CINQUIÈME LEÇON. 367
vaient, par exemple, se transporter par la pensée dansl’antique Egypte, au temps où les pyramides s’élevaientlentement dans les airs. Ils auraient aperçu combiend’efforts humains ces prodigieux monuments réclamaientchaque jour, quelle somme infinie de travail coûtait lemoindre progrès de ces orgueilleuses constructions. Lesblocs étaient apportés un à un à main d’homme : pouraccomplir cette rude besogne on ne connaissait d’autresinstruments que les bras et les reins des travailleurss’assistant du levier. Si, de nos jours, il prenait fantaisieà quelque souverain de laisser à la postérité un pareiltémoignage de sa puissance, l’œuvre s’accomplirait prin-cipalement à l’aide d’appareils que les ouvriers se bor-neraient presque à surveiller.
On impute encore aux machines de favoriser la lon-gueur excessive de la journée de travail. 11 est vrai qu’ils’est trouvé, en Angleterre et ailleurs, des manufactu-riers qui l’ont prolongée outre mesure. Mais, d’abord,cette coupable tentative s’est-elle vue seulement dansles industries qui emploient les grands appareils méca-niques, ou dans toutes les industries indistinctement?Au surplus, il est un fait qui répond péremptoirement àce reproche : au delà d’une certaine limite, d’ailleurs sa-tisfaisante pour le chef de l’industrie, le travail del’homme cesse d’être productif. L’expérience l’a dé-montré, en France comme ailleurs, et c’est aujourd’huiune vérité acquise. Ainsi l’abus que l’on signale n’a pasde raison d’être, et l’intérêt bien entendu des manu-facturiers, autant que leur philanthropie, en garantit lesclasses ouvrières. J’ai reçu, il y a peu de jours, unelettre d’un des chefs de la fabrique de cotonnades de Wes-serling (Haut-Rhin), qui est une des plus considérablesde l’univers (elle occupe A,000 personnes), et en mêmetemps l’un des établissements les plus admirables que je