CINQUIÈME LEÇON. 369
binaisons renaissantes, reste un être pensant, etc. »
Lemontey va plus loin encore. On sait que quelques phi-losophes du dix-huitième siècle s’étaient épris de la plusgrande admiration pour les sauvages. LesHurons et lesIroquois étaient, à leurs yeux, les hommes libres par ex-cellence. C’était parmi eux qu’il fallait chercher le typede la perfection humaine et sociale. Les paroles suivantessemblent empreintes de cette philosophie. « Le sauvage,dit Lemontey, qui dispute sa vie aux éléments et subsistedes produits de sa chasse et de sa pêche, est un composéde force et de ruse, plein de sens et d’imagination. » Enconséquence, Lemontey met le sauvage aussi au-dessusde l’ouvrier des grandes manufactures.
Tout cela, Messieurs, est piquant, mais sans réalité.L’ouvrier des villes est plus intelligent que celui des cam-pagnes. Cette différence, il faut l’espérer, s’effacera ; unjour l’agriculture aura des serviteurs doués de la mêmeintelligence que ceux de l’industrie manufacturière, maisenfin tel n’est pas le cas aujourd’hui. Une observationattentive démontre même que chez les classes ouvrièresle développement des facultés de l’esprit suit jusqu’à uncertain point les progrès de l’industrie, qui dépendenteux-mêmes de la division du travail. Cette division dutravail que l’on accuse de nuire à l’intelligence de l’ou-vrier n’a jamais été poussée aussi loin que de nos jours :qu’on nous dise en quel temps les ouvriers ont atteintle degré de culture intellectuelle qui les distingue dansle nôtre. Il est fâcheux assurément de n’avoir jamais faitque la dix-huitième partie d’une épingle ; mais, en sup-posant que telle soit la condition de quelques hommesparmi nous, il serait bien plus fâcheux encore qu’ils fis-sent l’épingle entière et que la division des occupa-tions n’existât point : car sans la division du travail lamême somme d’efforts donnerait des produits dix fois,
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