SIXIÈME LEÇON. 377
c’est la Chine. Ce pays, vous le savez, est plein dechoses surprenantes et étranges. Il possède une civili-sation qu’on peut appeler florissante : nous admirons lesproduits de son industrie, par exemple, ses soieries et sesporcelaines. Mais sous un rapport essentiel il en est encoreà l’enfance de la civilisation ; la mécanique y est igno-rée, en ce sens qu’on n’y connaît guère d’autre moteurque la force de l’homme. La plupart des travaux quenous faisons exécuter par des agents naturels ou méca-niques y sont faits par des hommes armés cependantd’un curieux outillage. Les opérations de l’agriculture,que de temps immémorial l’habitant des régions occi-dentales du globe fait exécuter par des animaux, l’ha-bitant de la Chine les accomplit lui-même à la sueur deson front. Or, ce peuple à qui Dieu, en le douant detant d’autres qualités précieuses, semble avoir refusé lesens de la mécanique, se trouve en ce moment mêmeengagé dans une grave collision avec la nation qui en areçu le don au plus haut degré, et qui doit en partie àcette circonstance sa grandeur et sa puissance. Il sembleque ce soit la lutte de deux génies contraires. Supposons,et l’hypothèse se réalisera peut-être plutôt qu’on nepense, que l’Angleterre l’ayant emporté, les barrièresqui ferment la Chine aux Européens soient renversées.On verrait bientôt comme une invasion de l’Europe, ouau moins de ses sciences, de ses arts et de ses procédésdans cet empire qui tente depuis si longtemps, notrecuriosité et nos désirs. Qui peut dire tout ce que l’Orientet notre Occident lui-même gagneraient à une pareillerévolution ! Mais un des premiers effets de cet ascendantgagné par l’Europe serait l’adoption par les Chinois denos appareils mécaniques.
Que ce grand changement vînt à s’accomplir avecrapidité, et une foule vraiment innombrable d’hommes