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SIXIÈME LEÇON.
Jaune immense quantité de travail toujours prêt, la moi-tié d’un continent à défricher ; il y a des espaces de ter-res fertiles grands comme des royaumes, qui ne deman-dent que des bras pour produire, et produire abondam-ment. Ces domaines sans limites sont ouverts à tout tra-vailleur sans emploi. Aussi, tandis que les machines semultiplient dans les États de l’Est, une foule d’émigrantsse transportent dans la vallée du Mississipi. Là, l’ouvrierqui a une bonne santé, et qui ne craint pas de subir, audébut, un peu de fièvre pendant l’automne, achète, pourla modique somme de 16 fr. par hectare, des terresvierges pareilles à celles de nos contrées les plus favori-sées. Voilà pourquoi la mécanique peut se développersans aucun danger aux États-Unis.
Si les machines parfois privent momentanément letravailleur d’ouvrage et de salaire, et occasionnent ainsides souffrances parmi les classes pauvres, ce résultat nedérive pas essentiellement des machines mêmes. Ce n’estpas en elles qu’il a sa raison d’être. C’est, pour em-ployer la langue de la métaphysique, un effet contingent,non nécessaire. Je dis plus, il est contraire à la naturedes choses. Est-il rien en effet de moins naturel que devoir appauvrir une partie de la société par l’effet d’unprogrès qui enrichit la société même ? S’il en est ainsiquelquefois, ce n’est pas aux machines qu’il faut s’enprendre, mais à notre inhabilité à en régler l’usage.N’accusons que notre inexpérience dans l’art difficile defaire tourner au profit du bien-être de tout le mondeles forces qui nous ont été départies. Aussi bien l’indus-trie est une puissance née d’hier, et, comme toutes lespuissances qui sont en voie de formation, elle est mal as-sise, mal organisée. Mais tous les jours elle affermit sonempire et s’assimile de nouveaux éléments d’organisation.
Pour se faire une idée de ce qu’on peut à cet égard