E40 COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.
la circulation locale. Cette même baisse n’eût pas été unmotif suffisant pour provoquer une plus grande quantitéd’échanges entre la vallée du Roanoke et celle du James-River, parce que le trajet de l’une à l’autre ne formaitqu’une faible partie du voyage que faisaient les mar-chandises. Enfin, la quantité des échanges restant lamême, le transit des personnes ne devait pas croître nonplus. Pour prendre un cas idéal, supposons qu’on fasseun chemin de fer chez les Esquimaux ou chez les Papous ;que le tarif soit bas ou qu’il soit haut, n’importe, onn’aura ni voyageurs ni marchandises, parce que ces tri-bus dégradées sont sans industrie et sans ressources,n’ont aucun produit à expédier, ne pensent pas à voya-ger et n'en ont pas les moyens. Sans aller chercher cesmisérables peuplades, un pays où la population seraitattachée à la glèbe, comme le sont encore quelques par-ties de l’Europe orientale, ou bien un pays où la masseserait esclave, comme elle l’est encore dans plus d’unquartier du globe, n’offrirait pas grande chance pour l’ac-croissement du nombre des voyageurs, quand on abais-serait, même de beaucoup, le prix des places. On voitparla que, pour qu’un abaissement du tarif d’un cheminde fer ait l’effet d’augmenter le mouvement, il faut qu’onsoit dans une contrée où la constitution sociale soit telleque la classe qui peut se déplacer, qui eu a le goût et lesmoyens, soit nombreuse, où une production considéra-ble puisse verser sur les voies de communication beau-coup d’objets à transporter. En un mot, l’hypothèsequ’une forte réduction des prix amènera sur les cheminsde fer un grand supplément de voyageurs et de marchan-dises n’est plausible qu’autant qu’il existe beaucoup depopulation et d’industrie, ou, pour dire la même choseautrement, beaucoup d’habitants et beaucoup de capi-taux. Si, en effet, il n’existait pas beaucoup de personnes