LA MONNAIE. SECTION I, CHAPITRE V. iti
lateur ils possédaient des monnaies plus précieuses etplus commodes, et que, si Lycurgue les fit reculer au ré-gime de la monnaie de fer, ce fut par l’effet de cette pen-sée politique qui lui inspira tout son système, et qui con-sistait à imposer à toute la nation la pauvreté, l’austérité,et par conséquent, autant que possible, l’absence de toutcommerce qui eût pu produire de la richesse.
La République romaine paraît avoir vécu longtemps sansautre monnaie que le cuivre ou le bronze; mais on a desraisons de penser que les Romains avaient connu d’au-tres monnaies, et nommément la monnaie d’argent sous legouvernement des rois ; c’est l’opinion de M. Bœckh, etcelle que M. Bureau delaMulle a développée dans son Eco-nomie politique des Itomains (1). C’est celle qu’a soutenueM. Germain Garnier, dans son Histoire de la monnaie despeuples anciens (2). Ce serait le cas de répéter ici, au sujetdes Romaius, ce que nous venons de dire des Spartiates,que, dans les premiers siècles de la république, ils durentéprouver, beaucoup moins fortement que les autres peu-ples, le besoin d’uii système monétaire perfectionné. Dupremier au dernier, du personnage consulaire illustrépar la victoire au plus modeste des plébéiens, ils avaientl’existence la plus simple et la plus rude. Par une disci-pline sévère, ils s’étaient placés au-dessus d’une multi-tude de désirs et de jouissances qu’on regarde comme in-séparables de la vie civilisée. Chaque famille vivait sur sonpropre fonds, produisant de ses mains ce qui lui était stric-tement nécessaire pour se nourrir et se vêtir, et n’ayantau delà presque aucun besoin matériel. Avec une pareilledonnée sociale, les échanges sont très-peu développés, etla monnaie, qui en est l’instrument, n’a qu’un rôle res-treint. La monnaie de cuivre pouvait donc rigoureuse-
(1) Torae I, page 68.
(2) Tome II, page 6.