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La monnaie / par Michel Chevalier
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42 COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.

tenue dans chaque pièce, sans que celle-ci perdît de savaleur. De là l’altération des monnaies qui fut si fréquem-ment en usage pendant le moyen âge et depuis.

Tous les gouvernements européens à peu près ont par-ticipé à cette pratique coupable. Le Saint-Siège lui-mêmen’en a pas été exempt, quoiqu’il ait rendu des bulles con-tre les faux-monnayeurs (1). Un des papes auxquels on afait la plus grande renommée, Sixte-Quint, qui occupaitla chaire de Saint-Pierre à la fin du seizième siècle, c’est-à-dire à une époque où les ténèbres de la barbarie étaientdissipées, se laissa aller à cette déplorable manœuvre (2).

En France, le gouvernement de l’ancien régime s’y aban-donna jusqu’à une époque rapprochée de nous, le règnede Louis XV inclusivement. Par celte hallucination dudespotisme, les monnaies ont été viciées à ce pointque la livre française avait fini par ne plus être quela quatre-vingt-septième partie du poids d’argent fin primi-tivement convenu (3). En Écosse, la livre se maintient in-tacte jusqu’en 1296, ensuite elle est réduite au trente-sixième. Le florin a perdu les cinq sixièmes au moins. EnAngleterre, la livre d’argent n’éprouve aucune altérationjusqu’à l’entrée du quatorzième siècle; ensuite, pendant

(1) Boizard (Traité des monnaies, seconde partie, chap. iv) indique uncertain nombre de ces bulles. 11 est à remarquer qu’elles Curent renduespresque toutes à l'instigation des princes faux-monnayeurs par excel-lence, tels que I’hilippe-le-Bel et Philippe de Valois, aux yeux desquelsc’était un moyen de se réserver le profit de la fraude. Les bulles que citeBoizard sont spécialement applicables à la France.

(2) Ranke, Histoire des Papes; voir le règne de Sixte-Quint, chapitredes finances.

(3) La livre de Charlemagne renfermait la même quantité d’argent quiforme 87 francs de notre monnaie, d’après les recherches de M. Guérard,et le franc ne diffère de la livre des derniers écus que d’une fraction in-sensible. D’après l’annuaire du Bureau des longitudes, l’écu de 0 livres dela refonte de 1726 vaudrait, abstraction faite de l’or qui s’y trouvait ac-cidentellement, 6 francs 1 centimes. La livre tournois, monnaie decompte, dans le même Annuaire, est portée à 99 centimes.