LA MONNAIE. SECTION II, CHAPITRE I. . 47quantité d’argent qui ne représentait plus que la quatre-vingt-septième partie du poids primitif; il faut se sou-venir que la monnaie a fait plus d’une fois le chemin quisépare ce point d’arrivée du point du départ. Il y eut uneépoque où le rapport entre le prix qu’on donnait du marcpesant des métaux précieux, à l’hôtel des monnaies, etle nombre des pièces dites d’une livre qu’on en frap-pait (1), changeait plusieurs fois dans le courant d’uneannée (2), même d’une semaine (3).
Comme les espèces monnayées ne sont qu’une mar-chandise intermédiaire et ne passent qu’en cette qualité,les changements que les princes apportaient au poids ouau titre des monnaies entraînaient toujours, du mo-ment qu’ils étaient connus, un changement pareil dansles prix. Si le législateur donne faussement le nom d’unelivre à ce qui n’était reçu hier que pour une demi-livred’argent, chacun, aussitôt qu’il en est informé, de-mande dans les échanges une double quantité de ces
(1) Suivant que le rapport entre le prix qu’on donnait du marc pesantdes métaux précieux, à l’hôtel des monnaies, et le nombre de piècesd’une livre qu’on taillait dans le marc, se rapprochait ou s’éloignait del’unité, le bénéfice que s’arrogeait le prince sur les monnaies diminuaitou augmentait. Modifier arbitrairement ce rapport de manière à le di-minuer était donc un moyen d’opérer des profits illégitimes.
(2) « Du mois de mai à la fin de septembre 1355, le prix payé par leroi varia de 6 livres 10 sous à 16 livres. Le 22 mai, le inarc de fin mon-nayé étant à 12 livres 10 sous, l’hôtel des monnaies en donnait 6 livres10 sous; au mois de juillet, le prix était de 10 livres, quoique le mêmemarc ne fût qu’à 12 livres 16 sous, et en septembre, il ne payait que 12livres 10 sous de ce marc, dans lequel on taillait alors 20 livres » (Leber,p. 254).
On a des exemples de prix appliqués à une même monnaie et portésen quelques mois, par crues de 10, 20 et 30 sous, au double de leur pre-mier état (ibid., p. 252).
(3) « Il y eut pendant ce règne (Jean II) d’étranges désordres dans lesmonnaies. Le prix des monnaies, aussi bien que du marc d’argent, chan-geait presque toutes les semaines et même quelquefois plus souvent.(Le Blanc, p. 258).