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La monnaie / par Michel Chevalier
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COURS D’ÉCONOMIlî POUTIQUB.

prétendues livres. A l’opération, le souverain a gagné des’acquitter pour la moitié de ce qu’il devait. Tous les dé-biteurs privés ont participé au bénéfice de la même ini-quité; mais, la crise passée, le dommage une fois subi,les transactions entre le prince et ses sujets, et de parti-culier à particulier, se font comme sur l’ancien pied.Aussi, pour jouir longtemps des profits de la spoliation, lesprinces eurent-ils recours aux changements clandestins.Ce fut ainsi qu’ils en vinrent à s’assimiler complètementaux faux-monnayeurs qui travaillent dans l’ombre. Plii—lippe-le-Bel s’est distingué entre tous par cette détestablepratique. Aucun prince n’a autant que lui mérité lesurnom de faux-monnayeur, par lequel le désignait lepeuple de Paris, et dont le Dante l’a flétri. Il fit à cetteoccasion d’impudents mensonges. Il affirmait dans sesédits que les nouvelles émissions « étaient de cettemesme bonté que au temps du saint roi Loys, » pendantque ce n’était point (1).

La réputation de loyauté qu’on a faite au roi Jean, etqui estfo rt compromise depuis que les motifs sur lesquelselle se fondait ont été l’objet d’une saine critique (2), n’a-vait qu’à perdre du fait de sa conduite en matière demonnaie. Sous ce prince, les instructions adressées auxagents des monnaies leur ordonnaient d’employer toutesorte de dissimulations; il était enjoint que les nouvellesespèces fussent en tout semblables à la monnaie cou-rante, sauf le titre qu’on affaiblissait. Comme, pour lesdistinguer, dans je ne sais quelle intention, on y mettaitune marque appelée différence, tel mandement recom-manda « d’y mettre la différence la moins apercevanteque l’on pourrait », ou bien « de n’en mettre aucune et

(1) Bailly, Histoire financière de la France, t. I, p. 70.

(2) Je renvoie, sur ce point, à un petit volume fort instructif deM. Édouard Fournier, L’Esprit dans l'histoire.