LA MONNAIE. SECTION II, CHAPITRE III. 57
plusieurs personnes des plus considérables, sous l’empirede vives préoccupations politiques, ne craignirent pasd’affirmer que le billet de banque n’était pas déprécié,alors que l’once d’or, au titre de 22 carats, au lieu d’êtrecotée, en billets de banque, 3 liv. st., 17 schellings, 10deniers et demi, ce qui est le tarif légal et l’équivalentmonnayé, poids pour poids, d’une once d’or, se vendait enbillets 4 liv. st. et demi, et plus. En présence de ce fait quileur donnait un démenti flagrant, les orateurs ministérielsfurent forcés de se torturer l’esprit pour trouver une dé-finition de la monnaie qui ne les condamnât pas, et pourla moliver.
De là les formules baroques qui furent imaginées etsoutenues par des hommes éminents. Lord Castlereagh,l’un des ministres, dit que la monnaie était un sentimentde la valeur (a sense of value) dans les rapports de l’instru-ment des échanges avec les productions diverses. M. Bosan-quet, un des commerçants les plus considérés de Londres,adopta pour formule qu’il y avait une unité des valeurs, la-quelle était l’intérêt, à 3 p. 0/0, de 33 liv. st., 6 schellings,.8 deniers, intérêt qu’on nommait livre sterling et qui sepayait en billets de banque comme monnaie de compte.M. Bosanquet eut pour antagoniste, dans cette discussion,Ricardo, qui y fit ses premières armes avec un grand éclat.Lord Castlereagh fut combattu, dans la chambre des Com-munes, surtout par Canning, qui fit pleuvoir le sarcasmesur le sentiment de la valeur. Aux yeux des hommes quiraisonnent, la réfutation de la doctrine qui niait la dépré-
cies communes, dont le rapporteur était un homme fort éclairé, M. Hor-ner, avait conclu en faveur de la reprise du payement en espèces métal-liques par la Banque : le rapport établissait, ce qui était rendu évidentpar le cours du change, que les billets de la Banque d’Angleterre étaientalors dépréciés, c’est-à-dire qu’ils valaient moins que la quantité de mé-taux précieux qui y était portée.