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LA MONNAIE. SECTION III, CHAPITRE I.
il faudrait, pour donner un sens précis au discours, faireconnaître à quel autre objet on le compare. Souvent il estsous-entendu qu’on le rapporte, non pas à tel ou tel autrearticle, mais à l’ensemble des autres marchandises, ce quidonne au mot de valeur un sens assez indéterminé. Sou-vent aussi c’est 1 eprix qu’on veut dire, et nous indique-rons bientôt ce que c’est que le prix, et en quoi la notiondu prix diffère de celle de la valeur.
Il suit de ce qui précède que, dans un milieu où il n’yaurait pas d’échanges, lanolion de la valeu r n’existerait pas.Tel serait le cas d’une famille vivant dans l’isolement. Telserait même celui d’une agglomération plus considérable,à peu près comme ont pu être les missions organisées parles Jésuites au Paraguay et dont les membres, ne travaillantpas pour leur compte, mais bien pour celui de la commu-nauté, déposaient les produits de leur labeur dans desmagasins, d’où ils étaient répartis ensuite par les soins del’autorité. Mais aussitôt que se produit le phénomène dutrafic, du commerce, de l’échange enfin, la notion de va-leur surgit et se dessine de mieux en mieux.
Il ne faut pas de longues réflexions pour reconnaîtreque la valeur est profondément distincte de l’utilité, si,ainsi qu’il convient, l’on mesure celle-ci, pour chaqueobjet, au rapport qu’a cet objet avec les nécessités oules besoins de notre existence. Au point de vue de l’utile,il est bien peu de choses qui priment l’eau. L’eau cepen-dant a très-peu de valeur, car en échange d’une petitequantité de la plupart des marchandises, même commu-nes, on obtient habituellement une très-grande quantitéd’eau. L’air qu’on respire est d’une utilité plus grandeencore, car l’homme ne peut pas rester privé d’air plus dequelques minutes, sans perdre l’existence. L’air pourtantn’a aucune valeur; il me suffit, pour en prendre la quan-tité dont j’ai besoin, d’ouvrir la bouche, sans donner rien