86 COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.
croient apprécier juste l’enchérissement ou le bon marchéde l’or en comparant le cours des lingots au cours desespèces de ce métal.
Une erreur exactement semblable se retrouve, et, jesuis forcé de le dire, sans aucune circonstance atténuante,dans le traité de lord Liverpool (1). Cet homme d’Étatdistingué, dans le but de démontrer que l’argent a unevaleur moins stable que l’or, compare les variations que lesmatières d’argent et celles d’or ont éprouvées dans leursprix en monnaie courante, alors que celle-ci consistaiten or ou en billets de banque échangeables contre de l’or.N’est-il pas clair que celte méthode devait conduire à desvariations bien plus fortement accusées pour l’argent quepour l’or ? Une telle méprise, de la part d’un homme émi-nent par ses lumières, montre quel degré d’attention ilconvient d’apporter à l’étude et à la qualification des faitsqui concernent la monnaie, pour ne pas être dupe defausses apparences.
Si l’on creusait bien le sujet, on découvrirait un grandnombre d’aperçus intéressants au sujet des phénomènesque présente le prix ou la valeur des métaux précieux oude la monnaie rapportés les uns aux autres. En voici en-core un qui n’est pas indigne de l’attention du lecteur.Lorsqu’on dit qu’une marchandise baisse de valeur, onentend par là qu’il faut en céder une plus forte quantitéqu’auparavant, pour obtenir en échange la même quantitédes autres articles de commerce. Le prix de cette mar-chandise, si c’est du plomb, du fer, du blé, du vin, ou toutautre objet qui s’achète et se vende, sauf le métal dontest l’unité monétaire, diminue alors dans la proportionmême de la baisse de valeur, car le prix d’une chose est lavaleur de cette chose spécialement rapportée aux métaux
(I) Pages 149et suiv., édit, de 1805.