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La monnaie / par Michel Chevalier
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LA MONNAIE. SECTION IV, CHAPITRE IL

Ce n’est pas que le blé n’ait, dans sa nature, quelquechose qui, lorsqu’on embrasse des intervalles un peulongs, de quinze ou vingt ans, par exemple, et qu’on enprend la moyenne, tend à lui donner plus de fixité qu’àbeaucoup d’autres valeurs. C’est la denrée de premièrenécessité par excellence, au moins dans nos pays occiden-taux. On a donc représenté que tous les hommes indis-tinctement en ont un égal besoin; donc, a-t-on dit, lademande en est invariable, quels que soient les lieux ; ilen est de même de l’offre, a-t-on ajouté, car il s’en pro-duit une quantité toujours proportionnelle à la popula-tion, sinon la population tomberait au niveau des subsis-tances. Or, dès que, entre l’offre et la demande, le rapportest constant, la valeur doit rester constamment la même.

Le raisonnement n’est que spécieux. Il n’est point vraique la quantité de blé réclamée par le consommateur soit,pour une population égale, un terme constant, et il seraitchimérique de prétendre que la qualité offerte soit inva-riable.

On peut contester, à bon droit, que tous les hommesconsomment du blé également ; d’un pays à l’autre, onremarque à cet égard d’assez fortes différences. Un Fran-çais et un Anglais, un habitant de Londres et un Irlandais,le Parisien et le paysan des montagnes centrales de laFrance ou celui du Languedoc ne consomment pas uneégale ration de blé. Le Français mange plus de pain quel’homme de la Grande-Bretagne qui remplace en partiele pain par de la viande; l’habitant de Londres, plus quel’Irlandais qui vit, en partie au moins, de pommes de terre ;le Parisien, plus que le cultivateur limousin ou rouergatqui se nourrit de châtaignes et de sarrasin, plus que le

1286 et 1434. Pendant le cours entier du dix-septième siècle, d’après cestableaux, la variation est de 1 à un peu plus de 3; de même dans le dix-huitième siècle.