112 COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.
sier mexicain lui-même, avec sa pelle et son panier, tra-vaille mieux que tel autre plus mal pourvu encore, quiest forcé de gratter la terre avec ses ongles, comme onl’a vu de nos jours en Égypte, au creusement du canalMahmoudié.
L’effort soutenu et régulier qu’un homme est en état defaire dans l’atelier, est soumis à des causes morales quivarient selon les temps et les lieux, et modifient profon-dément l’effet utile d’une journée de travail. Le serf de laRussie ou de la Gallicie ne travaillait pas autant ni aussibien que l’habitant libre de la France ou de l’Angleterre :l’esclave de la Virginie rend moins que le citoyen libre duMassachusetts ou de l’Illinois. Chez nous, l’ouvrier quivivait du temps des corporations, où son avenir était ex-cessivement borné, ne pouvait être un travailleur égal àcelui qu’offre l’industrie dégagée de ces entraves. Dans lamême ville, dans la même fabrique, l’homme qui travailleà la pièce fait plus de besogne que l’homme à la journée.
Ainsi, le travail de l’homme est quelque chose d’essen-tiellement variable. Il l’est parla différence des forces phy-siques des individus ; il l’est par la diversité des degrés d’a-dresse, d’intelligence, de zèle, de bonne volonté, d’ardeur,en un mot de tout ce qui constitue la puissance intellec-tuelle et l’énergie morale du travailleur. Ce sont ces deuxéléments-là, exclusivement propres à l’homme, qui impri-ment au travail humain une si grande variété dans safécondité. C’est ainsi qu’apparaît partout, pour exercerune influence prépondérante, la nature spirituelle del’homme. Et ici on touche du doigt le vide des systèmesqui, même dans le domaine de l’industrie, tendraient àconsidérer l’homme comme un moteur du genre de laroue hydraulique ou du moulin à vent.
Tenons donc pour établi que le travail, même celui quisemble être le plus exclusivement musculaire, ne peut pas