Buch 
La monnaie / par Michel Chevalier
Entstehung
Seite
128
JPEG-Download
 

128 COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.

dans une localité ou une province spécialement dé-signée.

Lorsqu’on essaye différemment d’attribuer la fixité devaleur au blé ou au travail, on se perd dans la région deschimères. Au lieu de la plus grande certitude qu’on espé-rait, on rencontre une incertitude extrême, qui rend lestransactions très-chanceuses et entraîne des duperies d’uncôté ou de l’autre. En voici un exemple : il y a quelquesannées, une tentative fut faite en Angleterre, sous lesauspices d’un philanthrope généreux, le réformateurOwen, pour monnayer le travail. Cette entreprise s’inti-tulait : h’Echange équitable du travail national. On abo-lissait le numéraire, et on le remplaçait par des heures detravail. « En contre-valeur d’une paire de bottes, dit« M. Louis Reybaud, on donnait un nombre d’heures de« travail de boulanger ou de tisserand. Un papier-mon-« naie très-curieux, énonçant cette valeur, fut fabriqué<( à cette occasion et pour cet usage. On s’explique diffici-« lement comment l’esprit judicieux de M. Owen a pu« être entraîné à ce puéril essai, qui n’est guère que leu plagiat d’un avortement dont nous avons été témoins<( en France. Les heures de travail ne se ressemblent pas« plus que les hommes ne se ressemblent... C’était<i encore là une des conséquences de ce fâcheux système,« qui consiste à vouloir fonder l’égalité sur des inégalités« choquantes ( 1 ). »

En France, dans la Constitution de 1791, on avaitadopté la journée de travail pour base du cens électoral.On n’était membre des assemblées primaires qu’à la con-dition de payer une contribution directe au moins égaleà la valeur de trois journées de travail ; pour être électeur,on devait être propriétaire ou usufruitièr d’un bien évalué,

(1) Réformateurs contemporains ,1, p. 255.