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LA MONNAIE. SECTION VIII, CHAPITRE III.
«. Il y a mieux; la sévérité du châtiment encoura-
geait le crime, car la pratique de rogner les monnaies,toute pernicieuse qu’elle était, n’excitait point dans lepublic une horreur semblable à celle que lui inspirent en.général le meurtre, le fait de mettre le feu exprès à unemaison, le vol à main armée, ou même l’escroquerie. Letort fait à la société tout entière par la masse des rogneursétait immense, il est vrai, mais chaque acte particulier derognure était considéré comme une bagatelle. Passer dansla circulation une demi-couronne, après en avoir enlevéla valeur d’un penny d’argent, semblait un délit insigni-fiant, presque imperceptible. Alors môme que la nation seplaignait le plus vivement de la détresse produite par la dé-préciation de la monnaie, tout individu puni de la peinecapitale pour avoir contribué à mettre la monnaie dans cetétat, avait la sympathie générale de son côté. Lès constableshésitaient à arrêter les prévenus; les juges hésitaient àles mettre en jugement; les témoins hésitaient à dire lavérité tout entière; les jurys hésitaient à prononcer lemot coupable. C’était en vain qu’on prouvait au peupleque ceux qui mutilaient les espèces métalliques lui fai-saient plus de mal que tous les voleurs de grands cheminsdu royaume, ou que ceux qui pénétraient de force dans lesmaisons ; quelque grande que fût la somme du mal, on n’en‘‘apportait qu’une partie infiniment petite au malfaiteurpris isolément. Il y avait donc une conspiration généralePour empêcher la loi de suivre son cours. Les condamna-fions, quelque nombreuses qu’elles puissent nous paraître,ôtaient rares en définitive comparées aux délits, et lescoupables que la justice frappait se regardaient commeVl ctimes d’assassinat et croyaient fermement que leur pé-c ^é, si péché il y avait, était aussi véniel que celui d’unécolier qui abat des noix dans le bois d’un voisin. Touteéloquence de l’aumônier de la prison avait rarement