Buch 
La monnaie / par Michel Chevalier
Entstehung
Seite
256
JPEG-Download
 

2nfi COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.

assez de force pour obtenir d’eux qu’ils se conformassentau salutaire usage de confesser, avant de marcher au gibet,l’énormité de leur crime (1).

« A une autre époque de la même crise on put constaterune fois de plus l’impuissance des mesures pénales encomparaison des expédients rationnels. Au commencementde 1695, la majorité delà Chambre des Communes, trou-vant plus commode de s’adresser à la police et au bour-reau, que de se rompre la tête en cherchant des expédientsque la raison avouât, fit une loi qui, au gré de ses meneurs,devait, par la terreur qu’elle inspirerait, empêcher h toutjamais qu’on ne rognât les vieilles espèces fabriquées aumarteau et qu’on n’exportât les nouvelles frappées au mou-linet. Quiconque découvrirait un rogneur devait avoir uneprime de 40 livres sterling. Tout rogneur qui en dénon-,cerait deux autres aurait droit au pardon personnel ; qui-conque serait trouvé en possession de limailles ou de ro-gnures d’argent serait marqué à la joue avec un fer chaud.Les visites domiciliaires étaient autorisées. Si l’on décou-vrait des lingots dans une maison ou â bord d’un navire,le propriétaire de ces objets était tenu de prouver qu’ilsne provenaient pas de pièces de monnaie, et, s’il n’yréussissait, il encourait des peines sévères. Cet acte,

(1) Relativement à la sympathie du public pour les rogneurs, voir t esermon si curieux que Fleetwood, ensuite évêque d’Ély, prêcha devantle lord-maire, en décembre 1694. Fleetwood dit qu’une complaisance etcomme une tendresse fatale pour ces criminels refroidissait le zèle desmagistrats, arrêtait les officiers de police, corrompait les jurys et en-chaînait les dépositions des témoins. Il parle de la difficulté de convaincreles criminels eux-mêmes qu’ils avaient mal fait. Voir aussi un serine 11prêché au château d’York par Georges Ilalley, ecclésiastique de la cathé-drale, à des rogneurs qui devaient être pendus le lendemain. Il parle del’impénitence dans laquelle mouraient habituellement les rogneurs, etfait tous ses efforts pour éveiller la conscience de ses auditeurs. Le té-moignage de ces deux docteurs est confirmé par celui de Tom Brown,qui raconte une histoire facétieuse, que je n’ose reproduire ici, au sujetd’une conversation entre l'aumônier de Newgate et un rogneur.