262 COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.
Tyne. Mais lorsque le grand instrument des échanges futcomplètement dérangé, commerce, industrie, tout futcomme atteint de paralysie. Le mal se faisait sentir chaquejour et à toute heure, presque en tout lieu et dans toutesles classes, dans la laiterie, dans la grange, dans la forgecomme dans l’atelier, sur les vagues de l’Océan commedans les profondeurs des mines. On ne pouvait plus rienacheter sans querelle ; sur chaque comptoir, on se dispu-tait depuis le matin jusqu’au soir. L’ouvrier et le patronse prenaient de mots régulièrement tous les jours de paye.Le jour de foire ou le jour de marché, on n’entendait queclameurs, reproches, injures, malédictions, et c’était unbonheur quand il n’y avait pas de baraques renversées nide têtes cassées. Nul marchand ne passait de marché àl’effet de livrer des marchandises, sans faire quelque stipu-lation spéciale au sujet de la qualité des espèces avec les-quelles il voulait être payé. Les hommes d’affaires eux-mêmes perdaient souvent la tête par suite de la confusionoù cet état de choses jetait toutes les transactions pécu-niaires. Les natures simples ou insouciantes étaient ran-çonnées et pillées sans miséricorde par des individus dontles exigences augmentaient plus rapidement encore quel’argentne diminuait. Le prix des denrées, des chaussures,de l’ale, du fourrage s’éleva rapidement. Le morceau demétal que l’ouvrier recevait pour un schelling valait àpeine, quand il avait besoin d’acheter un pot de bière ouun morceau de pain de seigle, un six-pence. Là où desartisans d’une intelligence plus qu’ordinaire étaient ras-semblés en grand nombre, comme dans l’arsenal deChatham, ils pouvaient faire entendre leurs plaintes et ob-tenir le redressement de leurs griefs; mais le paysan igno-rant et isolé était misérablement écrasé entre deux classesdegensdontruneneluidonnaitl’argent qu’àsa valeur no-minale, et dont l’autre ne voulait le prendre qu’au poids. »