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Mémoires pour servir à l'histoire de France en dix-huit cent quinze : avec le plan de la bataille de Mont-Saint-Jean / [Napoléon I.]
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fuies agens de Bonaparte les avaient excites à la révolte , et selonrapport des officiers généraux, l'insurrection e'tait à son comble dansles casernes. Les autorités militaires tenaient un langage très-effrayantsur la disposition des troupes , même à legard de Madame ! Des chefsde bataillon de'clarèrent quils ne répondaient plus de la sûreté de S.A. R. , taut les propos devenaient affreux ! On avait tout à redouterpour ses jours , ajoutaient-ils , si elle ne quittait pas promptement Bor-deaux. Une opinion bien differente était établie parmi les chefs de lagarde fidèle. Ils étaient si persuadés que rien ne pouvait résister à lavue de Madame , quils ne doutaient pas que, si elle se montrait à latroupe de ligne, ell ne la ramenât sous les drapeaux du Roi, et, quenralliant ainsi leur force à celle de la garde nationale, ou sauverait Bor-deaux de cette honteuse soumission , à laquelle on ne pouvait pensersans frémir, tant lidée devoir flotter létendard tricolore était en hor-reur.

Dans cette diversité' dopinions, Madame nhésita pas une minute àprendre un parti décisif. « Je vais aller visiter les casernes, dit-elle»et juger par moi-meme de la disposition des troupes. » En effet, àdeux heures elle monte en voiture découverte : une escorte nombreusedofficiers généraux laccompagne à cheval. Je vous assure que cettemarche guerrière avait quelque chose de bien imposant. On arrive àla caserne de Saint-Raphaël. Un profond silence y régnait à lentréede Madame. Elle mit pied à terre ; et passant deux lois dans les rangs,avec cette dignité que vous lui connaissez, elle vint ensuite se placerau centre , annonçant lintention de parler aux officiers. Us se réunirentautour delle. Alors, dun ton très-élevé, elle leur adressa ces mots :

« Messieurs, vous nignorez pas les événemens qui se passent. Un« étranger vient de semparer du trône de votre Roi légitime. Bordeauxa est menacé par une poignée de révoltés ; la garde nationale est de'ter-« minée à défendre la ville. Yoilà le moment de montrer quon est fidèle k* scs sermens. Je viens ici vous les rappeler, et juger par moi-même« des sentimens de chacun pour son souverain légitime. Je veux quon<5 parle avec franchise; je lexige. Etes-vous disposés à seconder la garde