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fuies agens de Bonaparte les avaient excites à la révolte , et selon lérapport des officiers généraux, l'insurrection e'tait à son comble dansles casernes. Les autorités militaires tenaient un langage très-effrayantsur la disposition des troupes , même à l’egard de Madame ! Des chefsde bataillon de'clarèrent qu’ils ne répondaient plus de la sûreté de S.A. R. , taut les propos devenaient affreux ! On avait tout à redouterpour ses jours , ajoutaient-ils , si elle ne quittait pas promptement Bor-deaux. Une opinion bien differente était établie parmi les chefs de lagarde fidèle. Ils étaient si persuadés que rien ne pouvait résister à lavue de Madame , qu’ils ne doutaient pas que, si elle se montrait à latroupe de ligne, ell ne la ramenât sous les drapeaux du Roi, et, qu’enralliant ainsi leur force à celle de la garde nationale, ou sauverait Bor-deaux de cette honteuse soumission , à laquelle on ne pouvait pensersans frémir, tant l’idée devoir flotter l’étendard tricolore était en hor-reur.
Dans cette diversité' d’opinions, Madame n’hésita pas une minute àprendre un parti décisif. « Je vais aller visiter les casernes, dit-elle»et juger par moi-meme de la disposition des troupes. » En effet, àdeux heures elle monte en voiture découverte : une escorte nombreused’officiers généraux l’accompagne à cheval. Je vous assure que cettemarche guerrière avait quelque chose de bien imposant. On arrive àla caserne de Saint-Raphaël. Un profond silence y régnait à l’entréede Madame. Elle mit pied à terre ; et passant deux lois dans les rangs,avec cette dignité que vous lui connaissez, elle vint ensuite se placerau centre , annonçant l’intention de parler aux officiers. Us se réunirentautour d’elle. Alors, d’un ton très-élevé, elle leur adressa ces mots :
« Messieurs, vous n’ignorez pas les événemens qui se passent. Un« étranger vient de s’emparer du trône de votre Roi légitime. Bordeauxa est menacé par une poignée de révoltés ; la garde nationale est de'ter-« minée à défendre la ville. Yoilà le moment de montrer qu’on est fidèle k* scs sermens. Je viens ici vous les rappeler, et juger par moi-même« des sentimens de chacun pour son souverain légitime. Je veux qu’on<5 parle avec franchise; je l’exige. Etes-vous disposés à seconder la garde