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Mémoires pour servir à l'histoire de France en dix-huit cent quinze : avec le plan de la bataille de Mont-Saint-Jean / [Napoléon I.]
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royalisme de tout genre. La population paraissait doublée ; et lorsqueMadame retourna au palais, elle fut accompagnée par tout ce peuplefidèle qui la Le'nissait , les larmes aux yeux, et sunissait du fonddu cœur à scs regrets et à sa douleur.

A peiue étions-nous de retour , qUmie fusillade commença dansville; on vit passer des blesses qnou rapportait; il y eut quelques per-sonnes de tuées. De moment en moment ou venait apporter à Madamedes nouvelles effrayantes > et on annonçait que ce nétait que le préludedu massacre. Des re'gimcns en insurrection quittaient leurs Casernes ;une partie sétait rangée sur la place de la comédie, et louait des pro-pos si affreux., que les généraux et plusieurs officiers vinrent supplierMadame de partir de Bordeaux; il ne se passait pas une minute sansquon ne vît arriver des messagers expédiés toutes parts pour sup-plier Madame avec instance de penser à sa sûreté. Bien ne pouvait ladécider à abandonner celte malheureuse ville : elle ne pouvait soutenirla pensée du Sort affreux qui était peut-être réservé à ses habitants aprèsson départ; elle en e'tait accablée de douleur, lorsquon vint lavertirque, si elle prolongeait son séjour, loin dêtre utile a Bordeaux, elleserait cause que le général Clause! le traiterait bien plus mal. Alors(ce quon naurait pu gagner sur elle en ne lui parlant que des danger*quelle courait, et de sa sûreté personnelle) elle céda aussitôt quil futquestion du salut de la ville et de scs haLitans'.

A huit heures du soir , elle reçut doue les adieux de tous ceux qui,ne pouvant la suivre, ne lui restaient pas moins entièrement dévouésà Bordeaux. Elle monta en voiture et partit, escortée par cette mêmegarde fidèle qui e'tait montée à cheval pour veiller siir svs jours et pro-téger sa retraite. Lui triste et profond silence régnait dans la ville;chacun se'tait renfermé chez soi, et les fenêtres des maisons étaienthermétiquement fermées : cétaient les prépar atifs de la réception quonréservait au général Clause). Eu effet, nous avons su depuis qu'il avaldemandé en entrant dans la ville, sil ny avait plus dhabitaus à Bor-deaux. Mais au passage de Madame, malgré ces portes et ces fenêtrescloses , du fond de ces maisons ou entendit encore comme un écho quirépétait : Yi ve Madame ! vive Madame 1

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