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RAPPORT DE M. JAY.
lorsqu’elles se manifestent brusquement par de téméraires |tentatives de réalisation, le danger devient imminent. Lesliens sociaux se relâchent, les croyances salutaires s’éteignent !dans le doute; le mépris de la tradition amène le mépris de jtout principe moral; le présent se détache violemment du :passé, et se précipite vers un avenir plein de menaces. Depuis idix ans, la situation périlleuse de notre ordre social se révèle jpar l’inquiète agitation des esprits, par le choc des systèmes et ile désordre des pensées. Au nombre des causes actives qui jpréparent les jours douloureux d’anarchie, il faut mettre en jpremière ligne l’apostolat avoué et public de la révolte contre !les lois fondamentales de la société, je veux dire, la répression !
des mauvais instincts, la sainteté du mariage, l’autorité du |
père de famille, et le droit de propriété. j
Les trois réformateurs les plus audacieux de l’époque ae- ’
tuellc; ceux qui, par leurs doctrines, ont le plus contribué au i
relâchement des premiers principes de morale et d’ordre ipublic, sont, en Angleterre, Robert Owen, le précurseur duradicalisme ; en France, Saint-Simon et Fourier, rêveursenthousiastes, dont il faut attribuer l’influence aux séductions [de la nouveauté, au désir naturel d’améliorations immédiates,surtout à l’annonce empirique des moyens propres à établirentre tous les membres de la cité une égale répartition dejouissances matérielles. Nous avons vu des écoles se former jpourmettre en pratique ces chimériques pensées. Des hommesd’un talent élevé, d’une instruction scientifique peu commune,se sont voués, avec toute la ferveur de la jeunesse, à la pré-dication des plus désolantes doctrines. Quelques énergumènes,affublés du nom de civilisateurs, érigeaient en principesl’irresponsabilité morale de l’homme, la souveraineté des pas-sions, et ce qu’ils nommaient dans leur idiome sauvage:
« la réhabilitation de la chair ; » exagérant à dessein les im-perfections inhérentes à toute société humaine, méconnaissantl’esprit d’une religion qui tend sans cesse à les corriger, ilsont établi la subordination de l’esprit à la matière. L’un d’eux,