RAPPORT DE M. JAY.
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Robert Ovven, vous dit que la destinée de l'homme, destinéedont il ne peut s’affranchir, est d’obéir, comme ses frères dela création brute, à ses instincts et à ses appétits; qu'il estfatalement enchaîné à la terre, et que ses regards ne doivent: plus s’élever vers le ciel.
Ces prétendus réformateurs ne font grâce à aucune desinstitutions sociales; quelques-uns d’entr’eux s’élèvent mêmecontre le système actuel d’instruction et d’éducation de lajeunesse. L’organisation universitaire, c’est-à-dire la surveil-lance légitime de l’État sur les écoles et les méthodes d’ensei-gnement, leur paraît un intolérable despotisme. Ils proscri-vent avec amertume l’instruction classique, et réclament pourchaque enfant une instruction professionnelle. Malheureuse-ment ces idées aventureuses font des progrès; elles se sontreproduites à la tribune législative, et ont été faiblement ré-futées. Voici, en peu de mots, ce qu’il fallait répondre :L’éducation classique, c’est le fonds commun des intelligences,leur point de départ, leur lien éternel, meme lorsque desaptitudes diverses, des fonctions différentes les séparent. Sanscette base nécessaire, nous aurions bientôt trente technologieset pas de langue; chaque profession porterait dans les rela-tions ordinaires de la vie la phraséologie de l’atelier, le jargondu comptoir, les formules exactes ou douteuses des sciencesdiverses, et le pays offrirait le spectacle de la confusion et dumélange adultère de tous ces idiomes. Les études classiques^ forment le ciment mystérieux qui unit dans une communautéf d’idées et de principes les membres de la grande famille fran-çaise ; elles seules ont imprimé à notre littérature un carac-tère de grandeur, de goût, d’élégance, de moralité, qu’elleeût vainement demandé à l’éducation professionnelle. Cettelittérature nationale, attaquée aujourd’hui par d’autres im-puissants réformateurs, est destinée à s’élever sur les débrisdes générations fugitives, toujours vivante, toujours rayonnante de gloire, impérissable, comme la flamme inspiratricedu génie.