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RAPPORT DE M. JA Y.
Mon intention n’est pas de vous présenter une expositiondétaillée des dangereuses utopies de nos réformateurs. L’au-teur du livre dont je viens vous entretenir s’est chargé de cetravail, et il a rempli sa tâche avec une consciencieuse impar-tialité. Cet écrivain, d’unesprit pénétrant,paraît s’étred’abordlivré à ces études sans autre but que celui de se former uneidée précise des nouveaux systèmes de réforme radicale;peut-être même avec l’espérance d’y trouver l’explication dugrand problème social qui, depuis le siècle de Platon jusqu’ànos jours, a si fortement agité la pensée humaine, et dont lechristianisme, dégagé de tout alliage impur, peut seul donnerla solution. Les diverses parties de ces systèmes se trouvaientépars dans un nombre considérable de publications isolées;M. L. Reybaudlcs a réunies et classées avec méthode, sou-mettant chaque partie à une patiente analyse, admettant ledésir du perfectionnement comme explication de l’enthou-siasme, jugeant les hommes sans prévention, et réunissanttoutes les lumières qui pouvaient éclairer un jugementsolennel et définitif.
On a reproché à l’auteur trop de ménagement pour deshommes qui s’étaient jetés, sans réflexion, dans lecourant desidées de réformation absolue, et dont plusieurs, revenus au-jourd’hui de leurs erreurs, mûris par l’âge et l'expérience,figurent honorablement dans les lettres, les sciences et l’in-dustrie. 11 est certain que M. L. Reybaud a procédé dans sesrecherches avec ce calme philosophique qui caractérise lesesprits sérieux, et garantit la sincérité et l’autorité desopinions. A cet égard, on ne lui doit que des éloges. Il a ré-servé les forces réunies de sa raison pour expliquer, à la suited’un examen approfondi, les puissants motifs de répulsion quedoivent éprouver les essais périlleux, les brusques tentativesde réorganisation sociale.
Lorsque M. L. Reybaud a publié la seconde édition de sonlivre, le reproche dont je viens de faire justice était venu à saconnaissance; il y répond ainsi :