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Études sur les réformateurs ou socialistes modernes : Saint-Simon,-Charles Fourier,-Robert Owen / par Louis Reybaud
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RAPPORT DF. M. JAY.

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ii On accuse l’auteur d’une sympathie trop vive pour les hommes» dont il expose les systèmes ; d’autres lui reprochent au contraire de» procéder par voie de dénigrement et d’exagérer à leur égard soit le» blâme, soit le ridicule. Cette double imputation semble prouver une» chose, c’est que, dans l’examen d'idées, au moins étranges, l’auteur» a su se défendre d’un dédain exclusif et d’un entraînement irréfléchi.» Quant aux novateurs contemporains, ce livre n’a voulu être ni un» pamphlet, ni une apologie. Deux choses sont surtout répréhensibles» en eux : le dédain de la tradition et la légitimité indistincte qu’ilsn accordent aux passions humaines. 11 y a quelque orgueil à rayer le» passé d’un trait de plume et à le taxer d’idiotisme ; il y a un grandn danger à déchaîner tous les instincts de l’homme sur la foi de com-» binaisons qui font concourir le mal même au jeu du mécanisme social.» Les sociétés comprennent qu’elles sont les filles du passé. Respectern scs aïeux et tenir compte de l’expérience des siècles, voilà une partie» des devoirs humains, et ce n’est pas la moins respectable. Aussi,» pour répondre au cri de la conscience universelle, toute innovationn a-t-elle besoin d’avoir ses racines dans les âges, et de leur emprun-n ter le plus pur de sa substance. Quant à l’essor indéfini des passions^» il est facile de prévoir, même abstraction faite du péril de la tenta-» tivc, que ce serait là pour l’humanité plutôt une déchéance qu’un» anoblissement. L’empire de l’homnie sur lui même constitue unen portion de sa liberté ; il en est le signe, la sanction, le témoignage ;n l’obéissance aux passions tend, au contraire, à le ramener au dogmen inerte de la fatalité et à l’imprévoyance de la loi naturelle. Il est sia délicat de toucher à la loi morale d’un peuple, qu’il importe d’y re-n garder à deux fois avant d’attaquer un aussi fragile édifice ; les in-» tentions les plus saines ne répareraient pas le mal que les systèmes» aventureux pourraient causer; et dans un monde où les mauvaisesii passions rongent impatiemment leur frein, où la personnalité, la» soif des jouissances cherchent partout des issues, c’est un calcul au« moins singulier que de leur donner le champ libre, au risque de» voir la société désormais dominée par les mobiles qu’elle a pourn mission de réduire.

» Ce qui abuse surtout les novateurs et les maintient dans une illu-» sion funeste, c’est leur point de départ. En esprits mathématiques,» ils veulent atteindre l’absolu : ils imaginent, pour l’homme, un bon-» heur absolu, une morale absolue, mais l’absolu échappe à notren nature contingente et bornée. L'absolu est le secret de Dieu. Un» homme absolument vertueux, absolument heureux, ne serait plusn un homme. A part quelques grands sentiments dont l'inneïte' est» frappante, la mesure des actes humains varie de peuple à peuple,