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RAPPORT DE M. JAY.
» de zone à zone (Pascal l’avait remarqué), et la civilisation seule,» l’éducation progressive des races pourront conduire à une morale» universelle. Quant au bonheur, quoi de plus relatif? On parle de le» fonder par une satisfaction illimitée : mais, chaque jour, cette ex-» périence se fait en détail, et tout homme peut dire si la passion» pleinement assouvie est le bonheur ; si la privation même, la pri-» vation réfléchie et volontaire, ne renferme pas plus de joies réelles» qu’une satisfaction sans bornes. Le bonheur sur la terre aurait un» autre écueil, celui de supprimer toute aspiration vers un état meil-» leur, et d’entourer notre départ de cette vie des conditions les plus» douloureuses.
« Cherchons le mieux, soit ! cherchons-le ardemment ; c'est le plus» noble emploi que l’homme puisse faire de son intelligence : mais» cherchons-le dans la sphère du possible, et sans rêver dans les des-» tinécs humaines une solution de continuité, une métamorphose sou-» daine, un changement à vue. Toute créature gémit, a dit saint Paul,» et le problème du bonheur semble en être encore là. Cependant, de-» puis l'apôtre, le genre humain a marché vers un état relativement» meilleur; il a mesuré le globe en entier et lui a imposé son cm-» preinte; il a dompté les éléments et les a enchaînés à son service;» il a remporté sur la nature des victoires éclatantes et fécondes. Son» bonheur s’en est-il proportionnellement accru ? toute âme n’en est-» elle pas encore à gémir? Ne reste-t-il plus de désirs inassouvis, de» besoins inquiets, d’aspirations en souffrance ? La conscience humaine» peut répondre à ces questions. Qu’en conclure? sinon que le bon-» heur absolu n’est qu’une ombre vaine et mobile. Le propre des es-» prits sérieux est de voir cela sans faiblir, et sans chercher dans des» illusions un abri contre des nécessités douloureuses. A ce compte,» une doctrine qui apprend à régler la vie, à la dominer, sera toujours» supérieure à celles qui proclament l’obéissance absolue aux instincts» et le respect aveugle des impulsions naturelles.»
C’est avec cette hauteur dans la pensée et cette fermeté destyle que l’auteur explique ses principes, ses vues et la dernièrepensée de son livre. Ce n’est encore qu’une introduction à sesétudes, mais cette introduction prépare l’esprit du lecteur auxconclusions étendues et définitives qui terminent l’ouvrage.
En considérant ces trois sectaires dont M. Louis Reybauda exposé les systèmes, on est frappé d’un trait caractéristiquequi leur est commun ; c’est une obstination invincible, une