AVANT-PROPOS
DE LA QUATRIÈME ÉDITION.
Depuis que cet ouvrage a été publié pour la première fois,quatre années se sont écoulées et il s’est fait, dans les idéeset les tentatives dont l’examen va suivre, une transformationqu’il n’est pas sans intérêt de constater.
L’œuvre des utopistes contemporains en est à une secondephase; les continuateurs s’en sont emparés, et procèdent peuà peu à un travail d’épurement et d’atténuation. Avec uneprudence judicieuse, ils refusent le combat sur des énormitésqu’on ne saurait défendre, et en déclinent la responsabilité,tandis qu’on les voit mettre en relief et prendre pour but deleurs attaques précisément les points sur lesquels notre étatsocial et économique se montre le plus vulnérable. Cette dou-ble tactique ne manque pas d’adresse et trahit un calcul avisé.Ce qu’on y perd du côté de l'originalité se trouve du côté dusuccès; on se fait accepter en détail faute de pouvoir s’impo-ser en bloc; on agrandit le cercle d’action en rendant les chi-mères plus présentables. Si les fondateurs de sectes vivaientencore, ces concessions ne seraient pas possibles ; ils les re-pousseraient comme des faiblesses indignes d’eux; mais leurshéritiers se montrent, avec raison, plus accommodants; ilsfont passer les systèmes par le crible des éliminations, et lessoumettent au régime des commentaires, puis ils les offrentau public, ainsi émondés et adoucis.
En se renfermant dans un rôle plus modeste, les utopistes