UTOPIES SOCIALES.
•il
5 ordre social fondé sur nos trois organes, la tète, le cœur etles bras ; c’est l’intelligence et la force s’attribuant la partdu lion sur le travail; c’est une exploitation modérée, maisinexorable dans sa modération. Platon le sent si bien, qu'ilse prend à reculer lui-même devant son propre ouvrage, etcherchant une issue aux objections, il s’écrie : « Vous êtes» tous frères, mais le Dieu qui vous a formés a fait entrer« de l’or dans la composition de ceux qui sont propres à» gouverner les autres ; aussi sont-ils les plus précieux. 11 a» mêlé l’argent dans la formation des guerriers, le fer etj » l’airain dans celle des laboureurs et artisans. Mais ili » pourra se faire qu’un citoyen de la race d’or ait un lils de» la race d’argent ; qu’un autre de la race d’argent engeu-» dre un fils de la race d’or, et que la même chose ail lieu» à l’égard de la troisième race. »i Ainsi, par une heureuse inconséquence, le philosophej déserte lui-même le principe qu’il voulait consacrer. Là où’ le mélange des castes est possible il n’y a plus de castes, etI la fusion n’est qu’une question de temps. 11 y a mieux :dans le livre des lois, Platon s’efforce d’introduire au seindes mœurs et des intérêts l’égalité absolue qu’il bannissaitnaguère de son organisation sociale. Après avoir différenciéles rangs, il fonde la communauté des biens. « Quelque» part que cela arrive ou doive arriver, dit-il, que les ri-» dresses soient communes entre tous les citoyens. >• Encorei s’il s’arrêtait là ! Mais son rêve l’emporte, et il va jusqu’à la! promiscuité. •< Que les femmes soient communes, que lesi » enfants soient communs, et qu’on apporte tous les soins| » imaginables pour retrancher du commerce de la vie jus-ji » qu’au nom même de la propriété. » Abolir la famille etj vouloir perpétuer les castes est une contradiction bien peu1 philosophique, et, pour l’expliquer, il faut croire que, dans