ÉTUDES SUR LES RÉFORMATEURS.
4Ü
la pensée de l’illustre utopiste, l’une de ces exagérationsétait l’expiation de l'autre. Ce sont là des taches ; mais parcombien de beautés ne sont-elles pas rachetées ! Comme toutdans cette république respire le sentiment de l’ordre, l’amourde la justice, la conscience du devoir! Le cœur se dilate,s’épanouit, et l’on est tenté de s’associer à l’orgueil enthou-siaste du créateur, lorsqu’arrivé au bout de son œuvre ils’écrie : » Voilà bien la plus belle république qui ait jamaisexisté *. »
Après la conception de Platon, la plus célèbre est celledu chancelier Thomas Morus, Y Utopie, qui a donné sonnom à tous les rêves identiques. Thomas Morus ne va pas,comme Platon, jusqu’à la communauté des femmes, il n’ad-met pas non plus la distinction des castes. On sent que lechristianisme a passé par là avec ses influences chastes etlibérales. Monogamie absolue, fraternité universelle, pudeurdans les rapports entre les sexes, fusion de catégories entreles hommes, c’est un pas de fait sur l’idéal des Grecs. Ons’explique à peine comment Morus a pu se rattacher au pré-jugé antique par son plus mauvais côté, l'esclavage. L’iled’Utopie a des esclaves, peu nombreux, il est vrai, deux parfamilles de quarante personnes, mais devrais esclaves pour-tant. La base de ce gouvernement est l’élection. On a unPhilarque pour trente familles et un Protophilarque pourchaque dix Pliilarques. Le conseil des Protopliilarques serenouvelle chaque année, ainsi qu’un sénat qui procède d’unautre monde électif. Le roi seul est nommé à vie par cesdeux assemblées, représentation libre et mobile des famil-les. La communauté des biens est en vigueur dans l’ile
1 Voir là-dessus l ’Histoire de l’Économie politique de M. Blanqui,tome 1, chapitre lit. Lmtopie de Platon est parfaitement appréciée(tans cet ouvrage au point de vue économique.