UTOPIES SOCIALES.
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d’Ulopie. Les magistrats distribuent les instruments de tra-vail, et la production réalisée par tous, appartient à tous.La lâche corporelle est d'ailleurs modérée : on ménage, enUtopie, les forces de l’homme. En revanche on songe à sesplaisirs, à ses délassements sensuels. Les repas, pris encommun, sont accompagnés de raffinements inouïs; la mu-sique les égaie, les parfums les plus exquis y flattent l’odoratdes convives. User de tout et n’abuser de rien, telle est larègle de la vie. Le mépris des métaux précieux, signes de larichesse, la tolérance religieuse la plus entière des mœursdouces et paisibles, des usages simples, des lois empruntéesau droit naturel complètent cette organisation imaginairequi, dans bien des détails, côtoie et continue le chef-d’œuvre du philosophe athénien.
Il en est de même d’une foule d’autres fictions, qui toutesreproduisent un âge d’or, une féerie à peu près semblables.Ainsi le moine calabrais Campanclla propose sa Cité du So-leil ( Sivitas Solis ), création fantastique pleine de gran-deur * ; ainsi Harrington imagine son Oceana; le chancelierBacon sa Nova Atlantis , Daniel de Foë son Essay of pro-jects , Hall son Mundus aller , Fénelon sa Salente et souVoyage dans l'Ile des Plaisirs , l’abbé de Saint-Pierre sonRêve de paix perpétuelle , Morelly sa Basiliade , longtempsattribuée à Diderot ; Rétif de La Bretonne sa Découverteaustrale 2 . Toutes ces conceptions relèvent de la donnée
1 Campanella est aussi l’auteur d’une fiction intitulée : MonarchiaMessiœ (Monarchie du Messie). Ces diverses conceptions sont exami-nées d’une manière plus étendue dans le second volume de cet ou-vrage. Voyez le chapitre intitulé : Des Idées et des Sectes communistes.
1 De nos jours même, l’un des esprits les plus exacts et les pluspositifs du siècle , Jean-Baptiste Say, a payé son tribut au besoin del’idéal dans un roman moral et allégorique intitulé : Olbie ou Essaisur la manière de réformer tes mœurs d’une nation.