ÉTUDES SUR LES RÉFORMATEURS.
176
les intérêts, faire prévaloir dans le monde physique et morall’attraction sur la répugnance, trouver dans le spectacle del’univers la voie analogique de nos destinées, voilà ce qu’ilveut; et pourtant,si courte qu’ellesoit, cetteformulure n’estrien moins que le renouvellement entier du globe. Gelatient à une merveilleuse sagacité de l’inventeur, qui, enfaisant pivoter une idée, y trouve mille facettes brillantes,originales et inattendues.
Si l’on voulait maintenant établir un parallèle entre saconception et celle des écoles rivales, on pourrait se con-vaincre combien elle les laisse en arrière. La théorie deFourier, complète dès 1808 , a défrayé longtemps des théo-ries qui le désavouaient en le dépouillant . Fourier ne copiaitpersonne; le saint-simonisme, pour ne citer que lui, s’estsouvent borné à traduire Fourier. Seulement Fourier, plussage et plus retenu, ménage-t-il dans son association, uneplace au capital, c’est-à-dire à la propriété individuelle,que les disciples de Saint-Simon n’ont pas su respecter.Toujours grand seigneur, même quand il bouleversait lemonde, Saint-Simon était d’ailleurs dominé par des idéesd’autorité et de hiérarchie ; homme du peuple, Fourierobéissait à un besoin d’émancipation et d’affranchissement.Ainsi, Fourier a pour lui la date et la supériorité relativedes idées : évidemment l’avantage lui reste.
Entendons-nous dire pour cela que la découverte de cedernier soit réalisable? Bien s’en faut. Seulement il est plusfacile de la nier que de la discuter. Elle transporte la cri-tique sur un terrain où les points d’appui manquent; elleargumente dans l’inconnu. Objecterons-nous, par exemple,que l’émancipation des passions, idée très-peu neuve d’ail-leurs en théorie, peut déterminer des résultats contraires àceux que Fourier en attend ; que l’état sauvage, entre autres,