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Études sur les réformateurs ou socialistes modernes : Saint-Simon,-Charles Fourier,-Robert Owen / par Louis Reybaud
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» Dieu devait-il nous accorder la faculté d’entrevoir nos brillantesdestinées? Non, sans doute. Cette connaissance eût été pour nos pre-miers pères un sujet de désolation continuelle, parce que l’imperfec-tion d^l'industrieles aurait retenus forcément dans l'ordre incohérent.Une apathie universelle aurait saisi ces peuples : nul homme n’auraitvoulu travailler pour préparer un bien-être si éloigné. Aujourd’huimême, qu’on se vante de raison, on ne veut pas se livrer à de certainesentreprises, comme la plantation des forêts, parce que la jouissance enest différée d’une génération. Que serait-il arrivé si les premiershommes avaient entrevu cette future harmonie sociale, fruit des pro-grès industriels? Loin de travailler pour le vingtième siècle à venir,ils se seraient dit : « Pourquoi serions-nous aujourd’hui les valets de» gens qui naîtront dans deux mille ans? Etouffons dans sa naissance» cette industrie, dont le fruit ne serait que pour eux. » N’est-ce paslà le caractère de l’homme ? Témoins les pères qui reprochent toujoursaux enfants les innovations du luxe dont ils ont joui dans leur jeunetemps. Si j’annonce avec tant de sécurité l’harmonie universelle commetrès-prochaine, c’est que l’organisation de l’état sociétaire n’exige pasplus de deux ans, à dater du jour où un canton aura préparé les édificeset les plantations. Ainsi le plus caduc des hommes, pouvant toujoursespérer deux années d’existence, se plaira encore à l’idée d’organiserles sectes progressives.

» C’est à présent que l’homme pourra quitter la vie sans regrets?puisqu’il aura la certitude de l’immortalité de l’âme, dont on ne pouvaits’assurer que par l’invention des lois du mouvement social. Nous n’a-vions eu jusqu’ici sur la vie future que des notions si vagues, despeintures si effrayantes, que l’immortalité était plutôt un sujet deterreur que de consolation. Aussi la croyance était-elle bien faible, etn’était-il pas à souhaiter qu’elle devînt plus ferme. Dieu ne permet pasque les globes acquièrent pendant l’ordre incohérent des notions cer-taines sur une vie future des âmes. Si Ton était convaincu, les pluspauvres des civilisés se suicideraient dès l’instant où ils seraientassurés d’une autre vie. qui ne pourrait être pire que celle-ci Test poureux. Il ne resterait que les riches, qui n’auraient ni aptitude, ni pen-chant à remplacer les pauvres dans leurs ingrates fonctions. Dès lorsl’industrie civilisée tomberait par la mort de ceux qui en supportentle faix, et un globe resterait constamment dans Tétait sauvage, par laseule conviction de l’immortalité.

» Cette question des jouissances réservées aux âmes dans une autrevie met à découvert l’ignorance absolue des civilisés sur les vues de lanature, Que vous la connaissez mal, quand vous placez le bonheur

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