MANIFESTE DE ROBERT OWEN.
307
son respectable père à la veille de l’un de mes voyages au* Etats-Unis,dans un moment où lui, le sir Robert actuel, membre de l'administra-tion de lord Liverpool, se trouvait dans leur résidence de famille àDrayton-Hall ? Si ce fait n’est pas sorti de sa mémoire, il doit égale-ment se souvenir que je portais alorsavcc moi environ deux cents plansou dessins pour une organisation générale de la société, lesquels des-sins, ainsi qu’un coûteux modèle en relief, je destinais au présidentdes États-Unis, dans les appartements duquel ils furent exposés, et oùils sont peut-être encore. Sir Robert Peel le père employa plusieursheures à examiner cette combinaison, unique au monde, dans laquelleje déroulais les moyens de transformer les circonstances extérieuresqui déterminent le caractère de l'homme, et d’obtenir pour les généra-tions futures un bien plus noble emploi de leurs forces et une sourcebien plus féconde de plaisirs. Après avoir longuement examiné etétudié l'objet en lui même, les moyens de réalisation, les procédésscientifiques qui en réglaient l’harmonie et lui donnaient une bellevaleur d'ensemble, sir Robert Peel le père demeura quelques minutesmuet d’étonnement, et les paroles qui suivirent ce silence sont remar-quables par leur vérité et leur profondeur. — « M. Owen, me dit-il,il n’y a pas quatre personnes dans tout le royaume dont l’instructionsoit assez étendue et assez variée pour sentir la valeur de combinaisonsd’une si grande magnificence ; mais s’il existait beaucoup d’hommesqui vous comprissent comme moi. ils prouveraient sur-le-champ quele changement, par vous proposé, tiendrait beaucoup plus encore quevous ne pouvez le promettre. » — Puis il ajouta : « Mon fils Robertest maintenant ici. Probablement il ne comprendra pas vos combinai-sons, n’ayant point eu encore l’occasion de poursuivre de semblablesétudes ; mais demeurez avec nous cette nuit ; vous le verrez à dîner,et nous essayerons de faire quelque impression sur son esprit en luidéveloppant vos projets. » Je demeurai, comme m’en priait le dignebaronnet, mais il me fut facile de me convaincre que le sir Robert Peelactuel n’avait, à aucun degré, ni les connaissances, ni l'expérience né-cessaires pour embrasser un sujet placé en dehors de sa portée. Jeprofesse un grand respect pour cette famille ; mais il est douloureuxdevoir à quel point les préoccupations politiques dénaturent les plusbrillantes qualités.
Quant au révérend prélat d’Exetcr, de son discours, prononcé lasemaine dernière dans la Chambre des Lords, je suis autorisé à con-clure qu’il lui reste encore à connaître les erreurs, les immoralités,les blasphèmes contre lesquels il a si longuement tonné, et je seraisbien trompé si le plus arriéré des milliers d’enfants qui fréquententles écoles placées sous ma direction, n’expliquait ces matières d’une