MANIFESTE DE ROBERT OWEN. 309
idée exacte et sûre d’une découverte qui doit réaliser le bonheur ici-bas. pour nos générations et pour les générations futures.
Par cette marche rationnelle, ce qu’il y a d’erroné dans mon système,si tant est qu’on y trouve rien d’erroné, sera, comme de droit, dénoncépubliquement et révélé au monde; tandis que ce qu'il renferme de bonet de vrai, s’il a du vrai et du bon, sera dégagé et signalé au grandavantage de la société.
Dans cette mesure, ce n’est pas un avantage personnel que je pour-suis. Depuis le commencement de ma carrière, quand je n'avais aucunesorte d'appui, je n’ai pas craint, dans le seul intérêt de la vérité, deme mettre en opposition directe et ouverte avec les préjugés les plusenracinés des siècles antérieurs. Je me préparai dès lors à encourirdes amendes pécuniaires, l’emprisonnement, la mort même et jusqu’àla potence. Et que peuvent être ccs douleurs pour celui qui est pro-fondément imbu du désir d’être utile à la race humaine? Mais, au lieud’essuyer des amendes, l’emprisonnement et une fin ignominieuse, j’aiété, au contraire, le favori de l’univers ; j’ai parcouru une Yie paisibleet sans éclat, heureux par inoi-même, heureux par ma famille ; car lafamille Owen, tant à New-Lanark, en Écosse, qu’à New-Uarmony, enAmérique, a été l’une des plus fortunées qui aient vécu sur l’un ou surl'autre bord de l’Atlantique. J’ai, il est vrai, consacré jusqu’audernier shelling de mon superflu pour la propagation de cette grandeet belle cause, car l’argent n'a pas été inutile à ses progrès ; mais lerévérend prélat est dans une complète erreur quand il assure que j'aidissipé ma fortune dans le luxe et la prodigalité. Je n’ai jamais em-ployé à un usage frivole une seule livre sterling; je me fais fort de leprouver au noble prélat, et je le mets au défi, lui et ses instigateurs,d’apporter le moindre témoignage du contraire.
A la suite de cette déclaration solennelle, je n’ai plus à m’inquiéterde ce que l’on pourra désormais dire de moi, soit dans le parlement,soit hors du parlement. Ma vie est la véritable réponses tous les men-songes que l'on articulerait encore. Une popularité d’un moment m’estpeu précieuse, et toute réputation après la mort me paraît une absur-dité, si ce n’est pourtant au point de vue du plaisir personnel qu’enrecueillent les descendants de l’homme célèbre. Je suis heureux dansla vie ; je serai heureux dans la mort, et, de plus, indépendant de cemonde caduc, immoral et irrationnel.
ROBERT OWEN.
Londres, 2 février 1840.
an.