INTRODUCTION.
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poser quelques digues. D’autres l’ont fait depuis avec plus detalent que moi; mais qu’il me soit permis de rappeler que j’enai prévu et annoncé les ravages cinq ans avant l'heure de ladévastation.
Mèmeaujourd hui,et après avoirrelu cet ouvrage, j’y trouvemoins de lacunes que je le supposais. L’utopie, maîtresse duterrain, n’y a point élargi ses bases; elle n’a réussi qu’à serépéter et à s’amoindrir. Je n’ai pas à m’occuper des faits,c’est aux doctrines que je m’arrête. Or, les doctrines demeu-rent ce qu’elles étaient; rien de plus, rien de moins. Ellesont conservé sous la pression des événements, ce caractèrevague, indéterminé qui en rend la discussion si difficile.Elles n’ont rien perdu de cet action passionné qui composetoute leur puissance. Elles ont pu varier de forme; au fondelles n’ont point changé. Aussi n’ai-je à insiter que sur unpetit nombre de points, moins à cause de leur intérêt mêmequ’à cause du bruit qu’ils ont soulevé.
De ce nombre sont deux ou trois formules dans lesquelleson ne saurait voir autre chose que des armes de combat; jeveux parler du droit au travail, du droit à l’assistance, duminimum de salaire. Il n’est aucune de ces formules quin’ouvre à l’individu une action contre la société, et ne crée àchacun un droit contre tout le monde. C’est là leur sensprécis, leur sanction, et j’ajoute leur écueil. Sans doute, endes temps orageux, de tels mots peuvent être prononcés,de pareilles concessions peuvent être faites; c’est une mesureextrême, un jet à la mer; on sacrifie un principe pour sauverles autres; on promet jusqu’aux choses qu’on ne peut tenir.Mais à l’épreuve, et en des jours réguliers, les impossibilitésse déclarent. Qui ne les aperçoit déjà? Ce droit créé à chaquemembre de l’État serait la ruine de l’État même. L’issue unefois ouverte, c’est à qui s’y précipiterait. A vue d’œil on ver-rait s’accroître le nombre de ceux qui, par le travail ou l’au-mône, mettraient le souci de leur existence à charge de lasociété, et décroître le nombre de ceux qui seraient condam-