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ÉTUDES SUR LES RÉFORMATEURS.
les approprier, de les dompter quand ils sont favorables.
Dans la pratique, celte confusion est pleine de dangers ;elle autorise une grande partialité envers les faiblesses et lescrimes des individus. Le mal n’excite plus dès lors de hai-nes vigoureuses ; on le regarde comme un produit fatal dela civilisation et excusable à ce litre. C’est ainsi que le sensmoral s’affaiblit dans les classes élevées comme dans lesclasses inférieures. La chimère d’une perfectibilité exclusive-ment colleclivene laisse pas aux vertus privées un rôle suffi-samment digne et nécessaire; elle le traite comme une su-perfétation, presque comme un préjugé. Le bien peuts’accomplir sans cela ; l’exercice en est facultatif et arbi-traire. L’impulsion sociale couvre et renferme tout; le bonet le mauvais sont emportés, confondus dans une sorte demouvement fatal et aveugle. Le vice a une excuse ; la vertun’a plus de sanction. Voilà où aboutit invinciblement toutsystème qui tend à justifier l’homme aux dépens de la so-ciété, et qui sacrifie des garanties réelles à des combinaisonsimaginaires. On ne saurait plus évidemment quitter la proiepour courir après l’ombre.
Les censeurs systématiques de la société abondent tous,sciemment ou à leur insu, dans celte déception. Eu l’accu-sant outre mesure, ils tendent à la dégrader davantage; enla chargeant de toutes les iniquités, de toutes les misères,de toutes les douleurs d’ici-bas, il nous préparent des dou-leurs, des misères, des iniquités plus grandes. Ils placentl’effort ailleurs qu’il ne faudrait, et, s’abusant sur le symp-tôme, ils font prendre le change sur le remède. Pour cou-vrir cette agression d’un prétexte spécieux, volontiers, ils seretranchent derrière l’intérêt qu’inspire les classes laborieuseset s’en déclarent les défenseurs. A ce titre et comme celaarrive dans presque toutes les causes, on les voit briller aux