LA SOCIÉTÉ ET LE 80CIALIS51E.
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dépens de la partie. Certes, aucun mandat n’est plus res-pectable que celui-là, quand il s’exerce dans la limite desréformes possibles et u’est pas un déguisement de la ■vanité.Rien au monde n’est plus digne d’attention que ces classesinférieures dont les jours s’écoulent dans un travail sanstrêve, jusqu’au repos de la tombe. Ce sont les bras de ccshommes qui procurent aux classes aisées des jouissancespleines de raffinements, et il est, hélas ! trop vrai que plu-sieurs de ces malheureux peuvent ressentir les atteintes dela faim près des gerbes qu’ils ont récoltées, manquer de vê-tements au milieu des riches tissus qu’ils ont ourdis. Le dé-nuement et la misère n’ont pas disparu d'ici-bas, malgrél’influence de la civilisation : il y a encore plus d’uneblessure à guérir, plus d’un besoin à satisfaire. A ce pointde vue, la poursuite d’améliorations nouvelles est non seu-lement légitime, mais encore obligée. Les cœurs y sontenchaînés, l’intérêt même le commande. Seulement, il nefaut pas imiter les enfants dont parle Plutarque, et essayercomme eux de sauter au delà de notre ombre. La loi del’humanité est d’aller en avant ; mais c’est précisémentparce que cette marche doit être longue, quelle ne doitpoint avoir le caractère d’un tour de force, et, si l’on peuts’exprimer ainsi, d’une course au clocher.
La société a encore beaucoup à stipuler pour l’homme,cela est vrai, mais à la condition que l’homme ne s’aban-donnera pas. Aucun 'effort d’ensemble ne pourrait l’éleverni à la grandeur morale, ni au bien-être physique, s’il n’ytravaillait lui-même constamment et sans relâche. Ici encorela loi du devoir personnel est la seule qui soit féconde etintelligente. Dans l’état de tutelle où vivent quelques classesde la société, l’une de leurs plus grandes garanties est dansl’honneur et le désintéressement des classes qui disposent de