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ÊTUDE8 SUR I.ES RÉFORMATEURS.
l’empire. L’idcal de ce régime, où le plus grand nombreabdique au profit de quelques-uns, serait que le pouvoirs’exerçât un peu plus dans l’intérêt de ceux qui, implicite-ment ou formellement le délèguent, et beaucoup moinspour le bénéfice particulier de ceux qui en sont investis. Onparle de progrès social, celui-ci serait le plus urgent à réa-liser. Plus de dévouement et de meilleurs modèles dans lesrangs élevés afin d’amener plus d’aisance et de répandreplus de moralité dans les rangs inférieurs, voilà une formuleplus courte et plus sérieuse que ne le sont les formules chi-mériques. Elle ne sera pas plus obéie que les autres, etpeut-être faut-il en accuser ceux qui ont combattu, sous di-vers prétextes, l’autorité du devoir. L’égoïsme humain nesaurait capituler que devant une forte éducation de l’âmeet un travail intérieur qui conduisent au détachement et àl'abnégation. Quelques âmes d’élite ont seules une généro-sité instinctive : pour les autres c’est le fruit du temps etde l’exemple. Il est triste de dire que l’école des grands dé-vouements se perd et que celle du calcul personnel gagnechaque jour du terrain. On a rendu la bride aux penchants :ils vont où la nature les emporte.
Il est donc de l’honneur de l’écrivain de ne pas déserterla défense des classes inférieures : la déclamation a rendule terrain difficile ; mais on peut reprendre les choses oùelles étaient avant les écarts de l’exagération et la fièvre desutopies. C’est une mission si sainte quelle se relèvera sanspeine du tort qu’on lui a fait et des déviations qu’on lui aimprimées. Quand on étudie le problème avec quelquematurité d’esprit, on y découvre une foule de détails parlesquels déjà le bien pourrait se réaliser. Il ne s’agit pas sansdoute de métamorphose complète, de changement à vue ;ces prétentions doivent, être abandonnées aux rêveurs. Mais