LA SOCIÉTÉ ET Llî SOCIALISME.
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dans un coup d’œil rapide sur les souffrances sociales, peut-être est-il possible de ramener l'attention sur quelquesdonnées, sinon neuves, du moins utiles et inspirées par leplus simple bon sens. La misère, le vice et le crime, ces troisfléaux, semblent être pour longtemps les accessoires obligésde toute civilisation humaine. C’est le fruit des passions :les passions n’abdiquent pas. Il ne reste dès lors qu’à cher-cher des remèdes partiels, des moyens d’atténuation, touten faisant, comme l’on dit, la part du feu. Telle est la pen-sée delà récapitulation qui va suivre.
Avant de l’aborder, il est convenable pourtant d’écarterune accusation préliminaire qui a été souvent reproduite.On a dit et répété que la misère et le crime sont un pro-duit fatal de la civilisation, destiné à s’accroître en raisondirecte de l’activité industrielle d’un peuple et des victoiresque le génie humain remporte sur la nature. C’est là uneerreur gratuite. Évidemment on déprécie le temps présentau profit du temps passé, et la difficulté des moyens de vé-rification donne des forces à cette méprise. En effet, leséléments historiques manquent lorsqu’on veut examineravec quelque précision ce qu’était, dans les siècles anté-rieurs, la condition des classes inférieures. La statistiqueest une science toute moderne; on en abuse aujourd’hui,on n’en usait pas assez autrefois; on veut tout prouver ac-tuellement avec les chiffres ; jadis personne ne songeait àcette preuve. Diverses raisons, soit politiques, soit adminis-tratives s’opposaient d’ailleurs à ce que des calculs pussentêtre invoqués avec suite et avec autorité. La diversité durégime provincial troublait l’unité des documents, et lacensure royale en restreignait forcément l’usage. De là unelacune inévitable dans l’histoire économique du pays et unebrèche ouverte aux amateurs d’hypothèses.