I.A SOCIÉTÉ ET LE SOCIALISME.
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annales des générations humaines. Certes, comme dépra-vation, l’antiquitc a laissé loin d’elle les temps modernes.Fondé sur les sens, le paganisme avait dù faire aux sensune part très-ample, et c’est l’un des cultes qui ont oséélever la prostitution à la hauteur d'un rite religieux. Les lu-percales, les bacchanales, les mystères delà bonne déesse, n'é-taient autre cluse qu’une débauche organisée et s'exerçant,sous l’œil des prêtres, avec un débordement périodique.Plus près de nous, divers schismes scandalisèrent l’Eglisepar d’étranges déièglements. Carpocrate .cl Prodicus endonnèrent l’exemple dans les premiers siècles de notre ère,et après eux des sectes nombreuses comme les Picards, lesVaudois, les frères de l’esprit, libre, les tlalcinistcs, les los-sariens, les multipliants, les floriants, dont parle Philastre,ne craignirent pas de couvrir leurs dissolutions du voiled’un fanatisme religieux. Les turlupina allèrent plus loinencore ; ils eurent des grandes prêtresses et parodièrent lesécarts de l’idolâtrie. Ainsi la débauche avait pris asile à côtédu sanctuaire d’une manière ouverte, profanation qui a étéépargné à notre temps. Les ravages quelle faisait dans lesautres classes n’étaient pas moindres. Une sorte de magis-trature burlesque avait été imposée, dans le moyen âge, àla prostitution, et le roi des ribauds n’eût pas échangé sonsceptre égrillard pour une souveraineté plus morale. Lesusages de l’époque autorisaient celle licence, et la languemême, telle qu’on la retrouve dans Rabelais, trahit cetteliberté des mœurs par la liberté de l’expression. Les sièclessuivants ne dérogèrent point, et il suffit de citer le règnede Louis XV pour donner la mesure du dérèglement oùétaient arrivés nos pères. En ce genre, il sera difficile deles surpasser.
Voilà pour la licence des mœurs. Quant à la misère des
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