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ÉTUDES SUR ERS RÉFORMATEURS*
classes nombreuses, il faut se souvenir de ce qu’étaient lesilotes et les prolétaires dans le monde ancien *. L'esclavageajoutait encore à ces douleurs un chapitre dont chaque jourles pages s’effacent. Dans l’ère moderne, ce fut la féodalitéqui se chargea de reproduire sous une autre forme les ser-vitudes du régime romain. On parle de l’assujettissementdans lequel les maîtres peuvent tenir les ouvriers; mais quel’on compare ce joug à celui du vassclage d’autrefois, pleinde brutalités et de caprices, ne respectant ni la liberté nila dignité de l’homme, disposant de lui comme d’une ma-chine, et ne lui laissant pas même la jouissance des fruitsde son travail ! Qui voudrait aujourd’hui, même parmi lesp'us malheureux journaliers, retourner à cette conditionqui faisait du serf une sorte de propriété mobilière? Au lieude regarder toujours en avant de soi, que l’on jette plussouvent un coup-d’œil en arrière : on y puisera, en contem-plant le chemin parcouru, la patience necessaire pour ache-ver l’étape laborieuse qui nous est assignée. Toute généra-tion a eu un contingent de peines et de joies; notre lot est.meilleur que celui de nos aïeux, et nous préparons à nosenfants, il faut l’espérer du moins, une existance plusprospère que la nôtre. En fait de misère, qui en a plusessuyé que les populations du moyen âge, en butte à desfamines incessantes, décimées par la guerre, foulées par lespartis armés, ravagées par la peste, ruinées par les exactionsarbitraires ! Même plus près de nous, et dans ce que l’onnomme le grand siècle, on voit éclater des plaintes quel’histoire officielle ne mentionne pas. Derrière le luxe deLouis XIV se cachent les privations de tout un peuple. Un
1 « L’histoire de la civilisation depuis la chute de t’empire romain, adit avec raison M. Charles Dunoyer. n’est à proprement parler, quel’histoire de l’avancement des classes laborieuses. »