LA SOCIÉTÉ ET LE SOCIALISME.
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seul homme a osé élever la voix; c’est Vauhan : aussi mal-gré ses services, mourut-il dans la disgrâce du souverain.Vauban avait le cœur aussi grand que le génie : quand il sefut assuré du mal, il ne craignit pas de le dévoiler. Dansun passage du Projet de (lime royale , cité par M. Illanqui *,Vauhan constate que la classe des privilégiés se réduisaitde son temps à dix mille familles opulentes ou aisées survingt-deux millions d’àmes! Un autre écrivain de ce règne,Boisguillebert, aussi judicieux et aussi sincère que Vauban,confirme la triste statistique de ce dernier et ajoute : « Bienque la magnificence et l’abondance soient extrêmes enFrance, comme ce n’est qu’en quelques particuliers et quela plus grande partie est dans la dernière indigence, celane peut compenser la perte que fait l’État pour le grandnombre a . » Si la misère a sévi sous un roi comme LouisXIVet avec un ministre tel que Colbert, au milieu du silencedes factions et de la sécurité intérieure, qu’on juge de cequ’elle devait être quand le pays était mis au pillage pardes mercenaires ou envahi par la soldatesque ennemie.Certes, la matière de tableaux larmoyants abondait dansces périodes fécondes en calamités ; il ne leur a manquéqu’une chose, des statisticiens.
L’amélioration du sort des classes laborieuses est donc uufait qui ressort du moindre rapprochement historique. Onpeut même, dans les témoignages contemporains, en décou-vrir la marche et en constater le mouvement. L’un des plusjudicieux et des plus consciencieux observateurs des phéno-mènes industriels, M. le docteur Villermé, a recueilli à cesujet, dans les manufactures, des aveux précieux de la partdes plus vieux ouvriers, de ceux qui, ayant vécu sous deux
1 Histoire de l’Économie politique. Toma il, — Guillaumin, éditeur.
2 Détail de la France, sous Louis XIV.