ÉTUDES 8UR LES RÉFORMATEURS.
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régimes, ont pu faire l’expérience personnelle de l’un et del’autre. Tous ils avouent que leur classe est aujourd’huimieux logée, mieux meublée, mieux vêtue. Le drap dansles habillements a remplacé la grosse toile. On rencontremoins qu’autrefois des pieds et des jambes nus ; les sabotsdeviennent rares, les souliers les ont remplacés. Quand ar-rive un jour de fête, cette population des ateliers sc confondpar sa mise avec la classe bourgeoise, et semble en être unevariété. L’alimentation est plus substantielle et plus abon-dante; eufin, et c’est là une preuve décisive, la vie moyennes’est, accrue, et, dans l’intervalle d’un demi-siècle, on l’avue s’élever de trente-cinq à quarante ans. On peut ajouterà ces divers indices le succès des caisses d’épargne et lesréserves considérables qu’elles assurent désormais à l’ou-vrier *. Plus on ira, plus la situation de cette intéressanteclasse se dépouillera de ce qu’elle peut avoir de précaire.Avec l’aisance viendront la dignité, l’esprit d’ordre et deconduite, la tempérance, la régularité des mœurs. Le bienengendre le bien, comme le mal engendre le mal. Déjà cetteamélioration graduelle serait plus sensible et plus manifestesi, dans la voie du bien-être, les besoins ne s’accroissaientpas toujours en raison des jouissances,et si toute satisfactionn’était pas immédiatement suivie d’un désir nouveau. Qued’objets, autrefois de luxe, sont devenus pour l’ouvrier desobjets de première nécessité; que de raffinements auxquelsjamais il n’aurait cru atteindre et qui sont aujourd’hui à saportée ! Cependant cela ne suffit pas, car il est dans l’essencede l’homme d’aspirer toujours à plus qu’il ne possède. De làcette plainte éternelle qui ne cessera qu’avec l’humanité, etqui est aussi vieille que le monde.
1 M. Charles Dupin vient de faire ressortir ce fait dans son diseoursd’ouvérturè au Conservatoire des arts et métiers.