LA SOCIÉTÉ ET LE SOCIALISME.
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résulte de cet état de choses. Sans doute il est difficile decombattre le concubinage et les liaisons irrégulières, maissi l’action publique est impuissante pour la répressiondes vices, si elle ne peut imposer aux citoyens ni la conti-nence, ni la réserve, elle n’est pas tenue à organiser ledérèglement et à donner des garanties au désordre.
Le régime suivi actuellement a un autre écueil bien plusgrave, celui d’autoriser l’exploitation en matière de débauche.La police accorde en effet une sorte de sanction à ce traficabject qui se pratique dans les maisons de tolérance. Elleles classe et les patente, elle leur reconnaît une vie presquelégale. Quoi de plus dangereux, et quelle prime donnée aupervertissement ! Ce sont là autant de foyers de séductionque l’on crée, autant d’écoles d’infamie. L’établissementune fois fondé, il faut qu’il marche, qu’il se recrute, et nulmoyen ne répugne aux créatures qui président à ces spécu-lations. Liées par un contrat léonin, les victimes se débattenten vain sous cette horrible étreinte, elles doivent tout àl’entreprise, leur santé, leur pudeur, leur temps; l’entre-prise ne leur doit que le vêtement et la nourriture. Contratodieux ! et la police lui donne une sorte de valeur en bre-vetant l’exploitation. Vraiment, c’est trop de condescen-dance. Que la prostitution directe soit soufferte, puisqu’onne peut l’empêcher, et que les natures vicieuses disposentd’elles-mêmes, mais qu’on abolisse la prostitution indirecte,la prostitution en commandite, collective et enrégimentée.On dira que l’usage a consacré cet abus, mais l’usage main-tenait aussi les jeux publics, et pourtant ils ont disparusans inconvénient réel et au grand avantage de la moralitépublique. Dans l’un et l’autre cas, l’objection la plus sérieusea été la crainte de sortir de la notoriété pour entrer dans laclandestinité, et de voir des maisons dangereuses et igno-