LA. SOCIÉTÉ ET LE SOCIALISME.
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sc retirer en meilleur ordre. Ce sont de véritables campa-gnes entreprises contre la société, et dans lesquelles la stra-tégie et la tactique jouent un rôle essentiel. L’art du vol a,comme l’art de la guerre, de grands capitaines et des géné-raux illustres. C’est ordinairement la voix du bagne qui con-fère ces hauts grades, cl celte investiture est rarement mé-connue au dehors.
Dans celle organisation savante du crime, il y a quelquechose qui étonne, c’est qu’on ne puisse pas prévenir desactes préparés dans des lieux publics et d’une manière aussipeu mystérieuse. Latéralement à ces bandes de malfaiteurs,la police entretient, avec une judicieuse vigilance, des bri-gades de surveillants qui, au moyen de certaines affinitéset de la connaissance de l’argot en usage parmi les crimi-nels, peuvent suivre jour par jour, presque heure par heure,les habitudes, les moyens d’existence, les projets, les dé-marches de cette population dépravée. Depuis le garni in-fect dans lequel il s’abrite le soir, jusqua la taverne qu'ilfréquente, on peut épier le libéré, observer quelles relationsil entretient, deviner quels desseins il nourrit. Quand unattentat se commet, il est rare que la police ne mette passur-le-champ la main sur les coupables. Des indices cer-tains la guident, et elle agit. Rien de mieux que cette ra-pidité dans la répression ; c’est déjà une garantie précieusepour la sécurité publique. Mais serait-il impossible d’obtenirplus souvent ce résultat par des mesures préventives, etd’empêcher l’exécution du crime en intervenant à propos?Si la loi n’autorise pas l’arbitraire, même vis-à-vis deshommes qui conspirent contre la société, la police, sanssortir du cercle légal, a néanmoins des moyens d’action surles chefs de bande, sur les malfaiteurs les plus audacieux.Ils sont, en leur qualité de libérés, soumis aux servitudes