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ÉTUDES EU» LES llÉFOItMATELUS.
sanction, qui n’est qu’une lettre morte. Vainement un écri-vain dont on ne peut méconnaître ni les intentions ni leslumières, a-t-il essayé de tracer un règlement où la libertése concilie avec la discipline, et le droit commun avec lahiérarchie. Ce système n’a qu’un défaut, celui de stipulerdans le vide : personne ne s’y ralliera. Tant que le travailrestera libre, l’ouvrier préférera l’indépendance à la solida-rité. Ce n’est jamais de plein gré que l’homme s’impose deschaînes, même dans l’intérêt de son propre bien-être. Toutavantage de corps lui paraît vain auprès de cette latituded’action, de celte liberté de mouvement dont il jouit au-jourd’hui. La corporation industrielle ne pouvait subsisterqu’à la condition d’ètre close et de régner despotiquementsur une profession. Vouloir en faire quelque chose de pater-nel et d’accessible à toute heure, sans titre particulier, sanscaractère exclusif, c’est le rêve d’un homme de bien, maisce n’est malheureusement qu’un rêve.
Les habitudes du compagnonnage, loin d’accuser, commeon l’a dit, une tendance à l’association, prouvent au con-traire combien il existe d’éléments dissociables parmi lespopulations ouvrières. Le compagnonnage est une institu-tion des temps barbares fondée sur la rivalité des corps demétier, et en vue de la guerre séculaire qu’ils se livrent.Non-seulement elle classe chaque profession à part, maiselle consacre des catégories dans la même profession. Au
arbitraire des métiers, le caractère distinctif des corporations an-ciennes, a dit avec le plus grand sens : « L’apprentissage n'était pointétabli en faveur des ouvriers, mais tout en faveur des maîtres : c’étaitune sorte de servitude temporaire. » Cette phrase résume admirable-ment le vice fondamental du système des corporations.
1 Du Progrès social j par M. de La Farelle, député du Gard. — Bèor-ganisation disciplinaire des tinsses industrielles^ parle même. —Paris,Guillaumin, éditeur.